Le Vieux Chagrin, de Jacques Poulin

Ecriture et tendresse

Du roman de Jacques Poulin publié en 1989, Le Vieux Chagrin, il ressort avant tout une grande tendresse. A travers l’histoire d’un écrivain en mal d’inspiration, l’auteur nous offre une histoire très douce, remplie d’émotion.

Cette histoire, elle se vit autant au présent, alors que le narrateur écrivain rencontre des femmes, et notamment la Petite, qu’au passé, lorsque le narrateur se replonge dans ses souvenirs de voyage, de vie de couple ou de séparation. Les deux histoires en viennent même à se superposer, avec la Petite qui fait ressurgir le passé en fouillant toute la maison.

Au présent, le récit nous montre un écrivain qui cherche à tomber amoureux pour trouver l’inspiration pour un roman d’amour et qui, bien sûr, se trompe. Au passé, nous rencontrons un professeur spécialiste d’Hemingway qui finit par ne vivre que d’illusions. Entre les deux, c’est un personnages qui voyage dans toute l’Amérique du Nord et à travers l’Europe que nous rencontrons. Les trois ne font qu’un, et sont issus d’un enfant qui a vécu dans la maison dans laquelle se passe tout le récit.

Cette maison ressemble a un lieu à côté du monde. Nous ne sommes pas loin de la ville, le narrateur s’y rend quelquefois pour aller jouer au tennis avec son frère et les personnages qui arrivent sur l’île viennent tous de la ville, mais autour de la maison, il n’y a que la mer et un peu de végétation. Plusieurs fois, il est dit que la maison a été déplacé de la ville à ici. Cette maison, elle est remplie de souvenirs, de livres et de chats. Elle semble très grande, accueillante mais accueillant peu de monde. A côté, il y a une grotte, non moins étrange. Une femme mystérieuse, que le narrateur croit aimer sans l’avoir jamais vu, y vit le temps de réparer son voilier. Elle est insaisissable et représente pour le narrateur la figure féminine de son récit d’amour, et donc son amour à lui. Elle est l’inspiration qui fuit le regard de l’écrivain qui se retrouve seul devant une histoire qui n’avance pas.

Ainsi, le récit nous parle aussi, au-delà de la tendresse, de l’acte d’écriture. C’est l’élaboration d’un récit que nous lisons au fil de cette histoire. La mise en abîme est parfaitement maîtrisé et l’écriture elle-même semble aussi calme que la patience que met le narrateur-écrivain à écrire. La vision de l’écrivain est quant à elle assez commune : une personne solitaire, rêveuse, qui s’impose une certaine hygiène de vie et surtout une routine pour lui permettre d’avancer dans l’écriture sans céder à la tentation de ne rien faire. La grande question de l’inspiration est présente tout au long de l’histoire, avec un très belle conclusion à découvrir.

Quant au vieux chagrin, qui est un chat qui suit partout le narrateur, on ne sait pas trop ce qu’il fait là, tout comme le reste des chats. Ils apportent de la compagnie au narrateur, et du réconfort à la Petite, mais leur rôle est dur à définir. L’auteur leur donne une place centrale, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Peut-être par amour de ces animaux, tout simplement.

On ressort donc de cette lecture avec une grande quiétude, avec un sourire face à toute la tendresse qui s’échappe au fil du récit. Jacques Poulin signe ici un roman très simple mais sans doute très dur à écrire. A travers ses mots, tout se transforme en tendresse avec beaucoup de simplicité. Une très belle lecture.

Le Vieux Chagrin

de Jacques Poulin

ed Leméac/Actes Sud

1989

(collection Babel – 2008 , pour la présente édition)

.

Un grand merci à Richard pour ce livre :)

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À propos de constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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8 réponses à Le Vieux Chagrin, de Jacques Poulin

  1. Gwenaëlle dit :

    C’est un auteur qui sait inspirer de la tendresse au lecteur…

  2. Richard dit :

    Bonjour Constance,

    Je suis très content que tu aies apprécié ce roman !

    J’ai eu une belle surprise, ce matin … !!!

    Je t’en reparle.

    MERCI !!!!!!

  3. Karine:) dit :

    Il m’a vraiment plu, ce livre. Je n’ai d’ailleurs lu que ce roman de l’auteur, ce qui est un peu honteux quand on vit au Québec!

    • constance93 dit :

      non, je ne trouve pas : ce n’est pas parce que je vis en France que je suis obligée de lire les grands auteurs français et que ne pas les lire serait une honte, si ?

  4. amimaginaire dit :

    Il a l’air génial, je le rajoute à ma PAL (qui n’est pas assez grande… C’est terrible d’être accro !)

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