Alias Caracalla de Daniel Cordier

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HISTOIRE ET ÉMOTION

Je commence cet article par une grande question : ce livre est-il considéré comme un essai ou comme un roman ??? J’ai trouvé en ce gros volume (900 pages tout de même !) un peu des deux : un essai puisqu’il est est une (très bonne) biographie de Jean Moulin dans la résistance, un roman puisque le récit est raconté sous la forme d’un journal, mais un journal écrit par son auteur près de 70 ans après (je ne me trompe pas ? je suis vraiment nulle en maths…). Un faux journal. Et il nous apporte à la fois la connaissance, l’apport historique, de l’essai, et le divertissement, l’intrigue, d’un roman. Je ne sais vraiment pas où le mettre d’un point de vue objectif. Je pense par contre qu’à la lecture, j’ai plus considéré ce livre comme un roman : j’ai plus été embarquée dans son récit que dans mon désir de connaissance sur la politique dans la résistance pendant la 2d Guerre Mondiale.

Ce qui m’a le plus frappé dans ce roman, donc, puisque j’ai décidé de le considérer comme tel, est l’émotion que Daniel Cordier finit par nous passer en nous brossant le portrait soi-disant véridique de Jean moulin, son supérieur direct. Mais comment peut-il être objectif avec ce personnage qu’il avait en adoration ? Alors que ce livre cherche à rendre la vérité sur Jean Moulin -ses actions, sa vie, ses identités, ses goûts- sa description nous emporte vers l’image d’un homme glorifié par Daniel Cordier, d’un personnage quasi-mythique mais tout en humanité. L’émotion de notre narrateur jeune et de notre auteur âgé nous est transmise en direct même à travers un récit cherchant à rétablir la réalité dans sa plus grande totalité (qui n’est pas maximale : l’organisation de la résistance pendant l’occupation n’était pas un livre ouvert à tout le monde, ni même à quelqu’un jouant le rôle de secrétaire de chef de la résistance intérieure).

Le portrait de Jean Moulin par Daniel Cordier, plus que subjectif, m’a beaucoup ému : il décrit LE héros de la résistance comme un homme, glorifié certes, mais un homme fatigué de ses responsabilités, un homme amoureux des arts aussi, et un homme courageux, honnête et tolérant.

L’histoire personnelle de Daniel Cordier m’a aussi émue, mais d’une manière différente. J’ai d’abord haï cette personne qu’est notre narrateur : il se décrit lui-même comme un anti-démocrate, un anti-sémite, un raciste… Mais l’ébranlement de ses certitudes quand il débarque à Londres (il s’est engagé dans les forces du Général De Gaulle par refus du défaitisme de Pétain et de reddition), très lent, m’a redonné l’espoir que tout le monde pouvait changer. Et que tout le monde changeait à un certain âge même. Et sa dévotion totale en Jean Moulin et en De Gaulle, Ouahhh !

Un récit plein d’émotion, il n’y a pas à dire.

Ensuite, et je dois tout de même en parler même si ce n’est pas ce que j’ai recherché dans Alias Caracalla, il y a ce magnifique apport historique sur les coulisses de la résistance française. Daniel Cordier nous embarque à Londres, près de De Gaulle et de ses relations avec les Alliés (les anglais surtout) et dans l’organisation d’une armée nouvelle de volontaires, puis à Lyon, capitale de la résistance française, et enfin à Paris, lieu d’organisation de la Libération depuis l’intérieur. En France, le formidable réside surtout dans la révélation de la complexité de l’organigramme de la politique dans la résistance, avec des centaines de personnes, partis, syndicats, comités de résistance… dans le schéma tout simple de la narration au présent, du journal quotidien ou presque.

L’Histoire pleine d’émotion.

Alias Caracalla

de Daniel Cordier

éditions Gallimard

15 Mai 2009

PS : beaucoup de choses à dire, mais je crois que c’est normal en sortant de quelques 900 pages… prévoir beaucoup de temps si vous voulez le lire !!!

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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3 commentaires pour Alias Caracalla de Daniel Cordier

  1. denis dit :

    j’ai envie de lire ce livre depuis sa sortie
    Cordier a réellement cotoyé Jean Moulin et je pense que c’est à lire plus comme un essai que comme un roman
    Cordier est un grand « monsieur » de la résistance

    • constance93 dit :

      J’ai déjà entendu dire que Cordier est un grand monsieur de la résistance. Et, après lecture, j’en suis même persuadée.
      Pour moi, c’est un roman :
      1) par son genre : un faux-journal, faux=fiction=roman
      2) par le contexte de ma lecture : le Goncourt des Lycéens, une sélection pour moi de récits de fiction, avec parfois une infime frontière avec la réalité, mais une frontière tout de même, peut-être celle de la « métamorphose artistique » (j’en sais rien, je sais même pas ce que ça veut dire, mais c’était dans une dissert’ que j’ai lu et je ressors le terme
      Mais le lire comme un essai est plus facilement justifiable, et c’est d’ailleurs ce que la plupart des gens font (à commencer par Gallimard qui l’a placé dans sa collection Témoins).
      Je te le recommande vu que tu as l’air intéressé par les récits historiques. Mais c’est à lire quand tu auras beaucoup de temps devant toi !

  2. denis dit :

    j’ai une méthode personnelle pour les grs lvres à déguster entre d’autres livres qui se lisent plus vite
    je lis 10 pages chaque matin c’est ce que je fais en ce moment avec Castor de guerre » de Sallenave 600 pages, donc 2 mois de lecture calme et tranquille

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