Une nouvelle à partager

Voilà, je m’étais promise de ne pas raconter ma vie sur mon blog mais là, j’ai une nouvelle trop énorme pour ne pas la partager, et elle reste en lien avec la littérature (contemporaine).

Vous vous souvenez, lors de ma courte présentation, je vous ai dit avoir participé au Goncourt des Lycéens. C’est un prix décerné par des classes de lycéens (52 cette année) dans laquelle tout le monde a lu la liste des livres Goncourt.  A l’issue de 7 semaines, il ont élu le Goncourt des Lycéens : Le club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia. Je ne vous ai pas avoué (en même temps, c’est très dur à expliquer) que je n’ai pas participé officiellement au Goncourt des Lycéens : toutes les classes qui le demandent ne peuvent pas participer mais certains profs décident tout de même de faire lire la liste Goncourt, de participer à une élection interne et de suivre l’actualité du Goncourt des Lycéens. Mon prof faisait parti de cela. J’ai donc fait le Goncourt des lycéens « officieusement ».

Le Goncourt des Lycéens se soldent par des rencontres Goncourt à Rennes où se réunissent auteurs, éditeurs, journalistes et bien sûr délégués des classes Goncourt « officielles », cette année le 10 et 11 décembre. Aux délégués s’ajoutent les gagnants d’un concours de critiques de la région Bretagne auquel tous les lycéens bretons du GDL ont participé. A côté, pour environ 1300 élèves, toujours bretons mais non participant officiellement au GDL, un concours de critiques « hors Goncourt » est organisé. J’y ai participé. Ici aussi, les 5 premiers sont invités à Rennes aux rencontres.

J’espérais secrètement et sans véritable espoir en être. Aujourd’hui, j’ai appris que j’en suis et que je vais à Rennes rencontrer plein de beau monde pendant deux jours.

Alors vous comprenez, j’étais obligé de partager ça : dans les 5 premières sur 1300 et la chance de rencontrer des auteurs qui m’ont intrigué, intéressé, ému, fait rire et/ou pleurer…

J’imagine que vous verrez d’ici peu un compte-rendu de ces journées ici-même.

A bientôt

C.

La critique

QUAND L’OPTIMISME SE JOUE DES ÉCHECS

Le Club des Incorrigibles Optimistes, de Guenassia, n’est ni noir, ni blanc. C’est comme un jeu d’échecs finalement : une alternance de cases noires et blanches, de vies perdues et de vies nouvelles, de mémorables passages (d’Est en Ouest et d’années en années) et d’arrêts soudains, de peines et de joies…

Les joueurs d’échecs sont d’intéressants personnages : ils ont tous une approche du jeu différente. Il y a Michel, le débutant, adolescent parisien, qui perd toutes ses pièces les unes après les autres (frère, ami, famille, petite amie…) mais n’abandonne jamais. Et puis il y a Igor, Léonid, Imré, Sacha et les autres. Ce sont des connaisseurs. Leur partie dure longtemps : ils ont perdu beaucoup de pièces (famille, patrie, argent…) mais se disent qu’ils peuvent gagner avec un cavalier, trois pions et leur roi : j’ai nommé l’espoir, les amis rencontrés en France et l’optimisme.

Aux échecs, il y a deux stratégies : accepter de perdre des pions pour gagner la partie ou vouloir tous les garder. Perdre des pions, c’est trahir et oublier : les émigrés. Leur technique est le résultat d’une grande expérience du jeu mais une partie d’échecs ne se passe jamais comme prévue : remords, rancune et défaitisme peuvent aussi être au rendez-vous… Garder tous les pions,   manœuvre infantile : Michel. Mais qu’il ne s’inquiète pas, les échecs, ça s’apprend à force d’y jouer.

Chacun y joue sa partie comme il peut, jamais comme il voudrait. Ils auraient voulu tout reprendre à zéro, oublier et récupérer tous les pions. Mais les échecs, ce n’est pas aussi simple : on doit jouer avec les pions restants, sans oublier ses pertes. Ne pas oublier mais se relever quand même, toujours. Et même si on ne peut plus sauver des vies, piloter un avion, prôner son anticléricalisme, jouer dans des films, il faut prendre une autre pièce et jouer, et surtout toujours croire en la victoire, être optimiste.

La Guerre Froide, grand thème du roman, est elle-même un peu comme une partie d’échecs : les blancs d’un côté, les noirs de l’autre. Et bien sûr, personne ne veut être noir. Quand on est noir, on a toujours un pion de retard et on est mal vu par les neutres. Les noirs se disent blancs, si bien qu’en fin de compte, on ne sait plus qui est vraiment blanc, comme c’est le cas entre Igor et Sacha. La partie n’a plus de sens : ce n’est plus que mensonges et bassesses.

Au même moment, dans ces années 60, se joue une autre partie : la guerre d’Algérie. Les blancs sont les pieds noirs de l’Empire français, les noirs les indépendantistes d’Alger la blanche. La partie n’est pas très médiatisée : personne ne peut proclamer la légitimité de cette guerre. La défaite des blancs n’en est que plus lourde : retour à la métropole les poches vides. Parmi les pieds-noirs, on trouve les Delaunay, la branche bourgeoise de la famille de Michel. Ils traînent un accent ridicule et sont insupportables, trop sûr d’eux et parfaitement idiots. Eux, c’est certain, ne supportent pas les échecs.

Ce roman est un immense plateau d’échecs sur lequel se mélange (sans jamais égarer le lecteur) une multitude de parties : les émigrés russes contre les remords et les autres difficultés d’intégration en France, Michel contre ses premières désillusions, la grande Histoire contre les petites histoires, la trahison contre l’honnêteté, le rire contre les larmes, l’horreur contre l’optimisme.

Et l’avantage, avec les échecs, c’est que les parties ne se finissent jamais vraiment et que l’on peut toujours en recommencer une autre, pour se remettre d’un échec trop mat…

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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12 commentaires pour Une nouvelle à partager

  1. levraoueg dit :

    Félicitations ! Ca va très intéressant de suivre ton compte rendu. Mais pour quelle critique as-tu été sélectionnée ?

    • constance93 dit :

      Merci ! C’est pour ma critique du Club des Incorrigibles Optimistes de Guenassia, la 1e parue sur le blog. Mais je vais la remettre sur cet article pour que ce soit plus simple.

  2. Laurent dit :

    BRAVO !!!
    Tu l’as bien mérité : ton travail et ta ferveur ont payé !
    Sûr que tu vas vivre deux journées inoubliables, parmi les plus beaux jours du reste de ta vie !… 😉

  3. calypso dit :

    Super ! Félicitations !

  4. Ping : Un bilan de 2009… « petites lectures entre amis

  5. Bénédicte dit :

    ce billet est très bien m’autorises tu à le faire figurer au bas de l’article que j’ai moi-même rédigé sur ce livre ? Si tu viens me faire une petite visite, tes commentaires seront les bienvenus Bonne journée

  6. Ping : L’heure d’un bilan s’impose | petites lectures entre amis

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