Missak de Didier Daeninckx

17/21

Prix lycéen de la Biennale du livre d’histoire de Pontivy : 2/5

Quand la fiction aide…

Missak est de prime abord (avec le titre) une biographie de Missak Manouchian, le grand résistant de l’Affiche Rouge. Mais Missak ne touche pas directement à la réalité : il utilise un journaliste, Louis Dragère, qui dix ans plus tard, doit rédiger une biographie  de l’homme à la fin célèbre mais à la vie méconnue.

Son point de vue est intéressant, d’une part parce qu’il interroge le travail d’un journaliste, nous montre son métier, d’autre part parce qu’il exerce à L’Humanité, le journal communiste.Nous verrons notre héros hésité entre son devoir de rétablir la réalité et l’ordre de son parti de croire en lui et en Staline. Sa vie privée ajoute à son humanité : Dragère est un homme amoureux d’une femme absente une grande partie de l’histoire et fils d’une émigrée repartie en Pologne.

L’époque, dix ans après l’évènement central, la mise à mort de Manouchian et de ses hommes, est elle aussi intéressante : la guerre froide est là, les communistes croient encore en la bienveillance de Staline malgré les échos qui en reviennent, les témoins et les coupables de la guerre sont prêts à témoigner, des scandales et des injustices ont lieu (comme en tous temps, mais ceux-ci sont assez proches pour que nous nous sentions concernés : immigrés rejetés, usines non conformes qui assassinent à petit feu leurs ouvriers…).

A côté de tout ça, il y a bien sûr le sujet principal du livre : l’enquête sur Missak Manouchian. Il découvre d’abord l’histoire de son père, puis celle d’un trotskiste arménien émigré d’un nom presque identique, celle des plus proches compagnons de Manouchian, et puis Manouchian lui-même. Les témoins sont nombreux, parfois avides de partager leurs histoires, d’autres fois taciturnes et possesseurs de grands secrets : pêle-mêle, on rencontre des émigrés arméniens, la belle-soeur de Missak, Armène Assadourian, qui confie les plus belles histoires de Missak au journaliste (sa rencontre avec Mélinée, la soi-disante deuxième lettre qu’il aurait écrit juste avant sa mort…) mais aussi les meilleurs témoins, les compagnons proches de Missak et des peintres, hommes politiques, chanteur (Charles Aznavour) et poètes (Aragon) de la résistance et/ou arméniens. L’enquête est brouillonne, beaucoup de choses restent vagues jusqu’à la toute fin, mais l’envie de connaître les mystères de l’histoire du grand homme (le traître qui l’a amené aux mains des allemands et son passé politique avant la guerre) nous pousse à lire le livre jusqu’au bout.

On découvre la vie réelle de Manouchian, son immigration, son intégration difficile dans la résistance, sa vie pendant la guerre, son arrestation, ses lettres et sa mise à mort, au milieu d’une intrigue mettant en place un second traître et une seconde lettre . On hésite quelquefois à déterminer si cette anecdote est vraie, mais finalement, on se laisse entraîner par l’histoire du grand homme donnée par petits bouts et pas du tout dans l’ordre chronologique. La fiction permet cela. Elle permet aussi de rendre compte de deux époques différentes, la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide, de montrer un travail d’enquête journalistique, de parler de choses différentes ( l’œuvre d’un peintre arménien, le cinéma, les crues de la Seine, les abus des patrons, les grèves…), de passionner le lecteur pour une une histoire qu’il connaît déjà et de laisser l’auteur montrer son propre regard sur la vie d’un homme immense. Alors, comme nous l’avons déjà dit, la fiction aide, et c’est tant mieux.

Missak

de Didier Daeninckx

éditions Perrin

20 Août 2009

NB : pages retenues :

p38-39 (lettre de Missak à Mélinée),

p117  : « Au moment de nous séparer, j’ai demandé à Armène si elle savait ce qui se passait dans la tête de Manouchian, le poète, au moment de jeter une bombe. Il avait confié à Mélinée, m’a-t-elle répondu, que la première image qui lui était venue, au moment de l’explosion, était celle du visage de son père, du visage de sa mère, qui sortaient du tombeau et qui lui disaient : ‘Tu ne fais pas le mal, tu ne fais que tuer des tueurs’. A cet instant, c’est comme si toute la misère du monde qu’il portait sur ses épaules depuis toujours avait soudain disparu’.(notes de Dragère sur son carnet)

p149 : « Que veux-tu ? fleur, beau fruit ou l’oiseau merveilleux ?

Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles. » (citation du poème L’Enfant Grec de V.Hugo appliqué à Manouchian par le peintre Bedikian)

Advertisements

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
Cet article, publié dans 2 bien, bien, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Missak de Didier Daeninckx

  1. Grimmy dit :

    Merci pour ce billet, il a l’air bien intéressant (et ça me permettrait de lire un peu de Didier Daeninckx).

  2. Ping : Biennale du livre d’histoire de Pontivy « petites lectures entre amis

  3. dasola dit :

    Bonjour, j’ai beaucoup apprécié cette biographie romancée de Missak. Je ne connaissais pas du tout sa vie. J’ai vraiment appris quelque chose. Un livre agréable à lire (voir mon billet du 13/11/09). Bonne journée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s