Testament à l’anglaise de Jonathan Coe

Personnages affreusement drôles

Testament à l’Anglaise écrit en 1996 par Jonathan Coe nous dresse le portrait d’une famille acerbe et rapace, les Winshaw, à travers un personnages chargé d’écrire l’histoire de cette famille, Michael Owen, écrivain dépressif et agoraphobe. Sa propre histoire nous est révélée, d’abord totalement décalée avec celle des Winshaw puis en totale adhésion avec.

Les Winshaw sont quant à eux des êtres à part, tous dans les hautes sphères de la société et d’une rapacité rare et commune à la fois. Ils viennent de partout : nous rencontrons au fil des pages la journaliste sans morale, le politicien pourri, le banquier sans scrupules et voyeur, le marchant d’armes qui traficote avec Sadam Hussein, le galleriste qui use du droit de cuissage et l’agricultrice enrichie grâce à ces méthodes intensives, sa brutalité et ses produits chimiques et gras qui se vendent comme des petits pains au dépens des consommateurs. Ils se réunissent de temps en temps et s’échangent des services : une loi contre un antibiotique dangereux pour les animaux qui ne passe pas, des investissements dans telle ou telle société, un article bien senti dans la presse… Bref, la famille Winshaw est partout (politique, banque, bourse, médias, guerre, science, médecine, agriculture, culture…) et réussit dans tout ce qu’elle commence grâce à son manque total d’humanité et ses magouilles. Elle est bien sûr responsable de perte d’emploi, d’appauvrissement social et culturel (physique et mental) de la population, et de morts. Avec ces trois conséquences, des liens avec la vie de Michael s’établissent et le lecteur est emporté dans l’indignation avec lui.

Chaque chapitre qui nous présente un personnages est révoltant et réaliste : en vrac, on nous présente les méthodes de l’élevage intensif et la composition des plats préparés, des articles écrits par une même journaliste contradictoires, des lois qui suppriment des repas gratuits aux enfants et des services de santé indispensables, des scènes de voyeurisme, de rencontre avec Sadam Hussein et d’autres marchands d’armes pour contrôler le marché… La génération au-dessus, celle de Tabitha, n’est pas plus glorieuse : pendant la guerre, Godfrey Winshaw, pilote, a été assassiné en mission secrète par les allemands avertis par une trahison que Tabitha la folle dit de Lawrence, le frère aîné (ce qui la conduit à l’asile), ils n’ont aucun respect pour leur père et cherchent aux-aussi à s’enrichir par tous les moyens. Michael doit éclaircir tout ça.

La scène finale qui réunit tous les personnages importants pour la lecture du testament d’un des membres de la génération au-dessus (un oncle étrangement moins rapace que les autres) terminent la chronique de la famille, la famille elle-même et l’écrivain pourrait-on dire. Sont mélangés ici Cluedo et un film étrange qui obsède Michael depuis ses neuf ans, un film dans lequel sont réunis toutes les personnes d’une même famille pour la lecture d’un testament et dans lequel une série d’assassinat perturbe la nuit et réunit deux personnages présents on ne sait pas trop pourquoi (Phoebe et Michael pour la réalité). La situation finale est vraiment drôle et appropriée, éclaircissant tout le reste du roman et poussant le cynisme et l’humour noir, de Jonathan Coe à leur apogée.

Un récit truculent qui nous fait frémir d’horreur et de rire, malgré sa trop grande longueur. Un roman satirique rayonnant de cynisme…

Testament à l’anglaise

de Jonathan Coe

éditions Gallimard

27 Août 1997 (fr)

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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10 commentaires pour Testament à l’anglaise de Jonathan Coe

  1. denis dit :

    ENcore un livre et plus un auteur à découvrir pour moi
    je le connais de réputation sans avoir rien lu

  2. June dit :

    Je n’ai lu que « La maison du sommeil » de cet auteur et j’ai franchement adoré ! Le prochain que je compte lire, c’est « Bienvenue au club ».

  3. Restling dit :

    Je n’ai lu que Bienvenue au club de cet auteur mais j’ai été éblouie par sa plume et je compte bien ne pas en rester là avec lui !

  4. Grimmy dit :

    Et un autre d’ajouté dans ma lal… Elle s’allonge…

  5. Canel dit :

    De cet auteur, j’avais adoré « La maison du sommeil ». Par contre le dernier m’a un peu déçue « La pluie, avant qu’elle tombe ».

  6. DF dit :

    Bonsoir!
    Rien à voir, mais je viens de te taguer! Bonne chance… ça se passe ici:

    http://fattorius.over-blog.com/article-sept-verites-et-un-mensonge-les-reponses-45934767.html

  7. Ping : Tag du Printemps « petites lectures entre amis

  8. dasola dit :

    Bonsoir Constance, j’avais adoré ce roman (qui m’a fait découvrir J. Coe) mais je n’en ai aucun souvenir (je l’ai lu il y plus de 10 ans). Un roman jubilatoire. Bonne soirée.

    • constance93 dit :

      le sarcasme m’a fait sourire et frémir tout au long du livre et la fin m’a réellement fait jubiler.
      je verrai dans 10 ans si j’en ai un souvenir 😉

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