BW de Lydie Salvayre

19/21

prix lycéen de la Biennale de livre d’histoire de Pontivy 4/5

Excessif

BW, la personne, mais aussi le livre, sont d’un excès impressionnant. L’un comme l’autre, ils sont impulsifs, ont soif de liberté et font étalage de leur connaissance. BW, le personnage, fait ainsi étalage de sa connaissance des voyages, de la littérature, de la philosophie, de la vie. BW, le livre, montre quant à lui la connaissance de la personne à travers les témoignages que l’auteur/narrateur recueille, sa vie commune avec lui et sa capacité à le comprendre.

L’excès, il est aussi dans le vocabulaire utilisé. Le lecteur bloque sur certains mots, il ne les comprend pas et en est déconcerté. Ça l’énerve et il lâche, sans trop s’en rendre compte, le récit. Ne pas comprendre pousse à ne pas chercher, et c’est bien cela qui se passe ici.

BW est un personnage excessif. Nous le ressentons facilement dès qu’il est dans le présent : malade exigeant et qui dramatise son âge, ses opérations et sa maladie. Cela se comprend cependant : quel amoureux des livres n’auraient pas peur de devenir aveugle et quel homme de 62 ans ne réfléchirait-il pas sur son âge ? Mais il est dans l’excès. Il l’a été toute sa vie : il a toujours voulu aller au bout des choses, voire plus loin, mais au moment de le dépasser, il abandonnait. Il nous parle de compétition sportive, de ses voyages et de son travail d’éditeur comme cela. Il est aussi excessif dans ses fuites perpétuelles, sa façon de raconter, ses ordres, ses exigences, sa haine, ses désillusions et ses illusions.

Le portrait qu’il dresse du monde de l’édition et de la littérature est, lui aussi, du moins l’espère-t-on, excessif. Les « gensdelettres » sont pour lui des idiots et des fourbes enfermés dans un monde absurde. A l’inverse, ce qu’il dit de la littérature à travers l’œuvre de son épouse est très beau. Il rejette les clichés (excessivement, comme toujours) pour nous donner une vision personnelle d’elle qui varie entre noblesse, honnêteté, grandeur, génie, modernité, iliade et odyssée.

Si nous retournons sur le livre de Lydie Salvayre, qui est la compagne de BW, nous pouvons également parler d’excès dans son mélange de genre : au minimum roman, hommage, journal et biographie. Le tout est quelque peu déstructuré à la manière des discussions qu’elle a avec le protagoniste, qui fait ressurgir ses souvenirs en vrac dans les quelques jours sans lumière de sa vie. Elle commente ses discussions, souvent entre parenthèses ou dans le paragraphe suivant. « Roman-brouillon » est le terme qui vient à l’esprit, même si la forme, originale, est particulièrement bien menée, tout en organisation et richesse, et transmet bien son image sur BW, une image différente de celle de BW (assez imbu de lui-même, disons-le) et peut-être plus juste, même si elle nous montre le contraire par l’expression de son amour pour lui.

Un excessif assez bien mené, finalement.

BW

de Lydie Salvayre

éditions du Seuil

20 Août 2009

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A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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4 commentaires pour BW de Lydie Salvayre

  1. gambadou dit :

    oui, un excessif bien mené. Je ne savais pas que ce livre avait eu un prix. j’ai trouvé la construction originale

    • constance93 dit :

      il ne l’a pas. il est sélectionné pour un petit prix local dans le cadre de la biennale du livre d’histoire de ma ville. mais je ne pense pas qu’il l’aura^^
      je suis d’accord pour la construction, même si celle-ci est un peu dure à suivre du coup et que je n’y ai pas trouvé beaucoup d’autres choses.

  2. esmeraldae dit :

    une auteure qui me tombe des mains! je n’ai d’ailleurs pas réussi à finir celui là!

    • constance93 dit :

      « qui me tombe des mains » : j’adore l’expression 😉
      j’ai eu beaucoup de mal à le finir pour ma part
      et tu ne loupes rien : aucun changement avec le reste du récit. je n’aime pas compris pourquoi le livre s’arrêtait là^^

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