Saisons Sauvages de Kettly Mars

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lecture n° 1 /10

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Ma première lecture de la sélection : magnifique !

Splendeur de l’illusion révélée

Saisons Sauvages. Un titre étrange qui invite à partir loin, très loin, avec lui, peut-être. D’ailleurs, Saisons Sauvages nous amène loin : Haïti, les années 1960. Vous me direz que ce n’est pas si loin que ça, que les haïtiens parlent la même langue que nous et que les années 1960, ce n’est pas la préhistoire, non plus. Mais c’est parce que nous avons oublié qu’Haïti était à cette époque dans les débuts d’une dictature impitoyable qui mettait en place une terreur sans précédent dans l’île magique. Nous avons oublié la réalité, mais Kettly Mars nous la rappelle avec ce roman qui raconte l’histoire d’une femme dans ces années là.

La femme en question s’appelle Nirvah. Son mari, Daniel Leroy, journaliste communiste, vient d’être arrêté et elle cherche à le libérer. La première scène est celle d’un rendez-vous avec un secrétaire d’Etat, Raoul Vincent. Elle espère qu’il interviendra auprès du président, Duvalier, pour le libérer. Mais au chapitre d’après, la focalisation se fait sur ce « ministre de la sécurité » du gouvernement qui est envoûté par la femme qu’il vient de recevoir. Nous sommes instinctivement dégoûté par cet homme obscène qui joue avec la vie de centaines de personnes pour arriver à ses fins. Un troisième point de vue, celui de Daniel, apparaît dans la suite : Nirvah a en effet trouver son journal intime qu’il tenait avant son arrestation. Daniel est contre l’oubli : il essaye de dénoncer la dictature en place. Ses accusations, bien réelles, le conduisent en prison.

Nirvah va quant à elle chercher à oublier. Oublier qu’elle accueille le secrétaire d’Etat dans son lit. Oublier que cet homme peut tuer d’un seul claquement de doigt. Oublier qu’elle est une mulâtre destinée à être en dessous lui. Oublier qu’elle n’a pas eu de nouvelles fiables de son mari depuis des mois. Oublier même de penser à lui. Oublier les rumeurs de pédophilie, d’homosexualité et de viols qui court sur le secrétaire d’état. C’est ce que Raoul Vincent veut. Qu’elle oublie pour que ce soit lui qui soit dans sa vie et non un fantôme communiste absent depuis des mois. Oublier dans la sensualité. Elle n’oublie pas totalement : ses deux enfants, déjà des adolescents, lui rappelle chaque jour leur père, son absence et l’instabilité de leur vie. Le secrétaire va s’approprier ces deux adolescents, au sens propre et au sens littéral. Les enfants oublient peu à peu leur père et leur pauvreté avant que le secrétaire d’état n’arrive. Raoul Vincent oublie, aux côtés de ceux qu’il considère comme une nouvelle famille, que les sphères du pouvoir sont dangereuses, et que les disgrâces ne sont jamais loin. Ce livre nous parle d’oubli sans jamais l’évoquer clairement.

Mais ce livre est l’inverse de ce dont il parle : il nous parle de l’oubli pour nous rappeler un passé horrible et peu connu ; il nous parle de dictature pour amener la démocratie ; il nous parle de traumatisme, de destruction, pour reconstruire un peuple , il nous parle d’une époque sombre pour y amener la lumière…  Pourtant, c’est un roman, pas un livre d’histoire. La fiction nous aide à ressentir des émotions, à mieux vivre l’horreur d’un peuple dont les membres disparaissent chaque jour sans prévenir. L’intimité d’une femme et de sa famille, l’intime,  dénonce la dictature de Duvalier, le général. Un roman plein de révélations et au but noble : magnifique.

Saisons Sauvages

de Kettly Mars

éditions Mercure de France

4 Février 2010

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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8 commentaires pour Saisons Sauvages de Kettly Mars

  1. herisson08 dit :

    Bravo pour ta selection, je lirais tes articles avec attention, puisque certains livres collent avec le prix dont je suis jury 😉

  2. Ping : Tag du Printemps « petites lectures entre amis

  3. désopilé dit :

    Euh… Le personnage du secrétaire d’État se nomme Raoul Vincent, non Raoult Vincent… et encore moins Éric Raoult ! :))

  4. Ping : Tag « Comment choisissez-vous vos livres ?  « petites lectures entre amis

  5. Ping : Bilan du prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs | petites lectures entre amis

  6. Kettia dit :

    Saisons sauvages est un plagiat du roman La Mal-aimée de Margaret Papillon.

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