Fourrure de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Au moins le troisième livre livre de la rentrée littéraire de janvier que je lis !

Foisonnement d’une Fourrure

Fourrure, premier roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, est un livre qui vaut le détour, comme qui dirait. Sa taille, quelques 600 pages, impressionne tout d’abord, et on hésite à le commencer. On relit la quatrième de couverture, on évalue le temps que l’on mettra, on repousse au lendemain. Et puis on cède. On ouvre le livre.

Serait-ce une mode de commencer les romans par l’annonce d’une mort ? Dans tous cas, la mode est ici bien gérée : originale, fluide, prenante. Nous sommes happé dans l’histoire d’une femme, Ondine, qui apprend dans les journaux et avec indifférence la mort de sa mère, la célèbre écrivain Zita Chalitzine. On essaye de comprendre, mais tout reste vague. Jalousie, vengeance ou réel sentiment de maltraitance ? Surtout que la décédée est décrite d’une manière autrement différente par son jeune mari, Pierre, maintenant veuf. On attend que l’histoire se révèle. On sait que le passé doit ressurgir.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre ne nous décevra pas : au bout d’une cinquantaine de pages, les derniers écrits de la décédée, une célèbre écrivaine, est trouvé par la fille trahie et le mari abandonné. Ce sont en plus des mémoires destinés à sa fille, pour qu’elle comprenne l’abandon qu’elle a commis. Ondine refuse de se laisser manipuler par ce qu’elle appelle « une gifle ». Pierre se dévoue et accepte de révéler à Ondine ce qu’il découvre en rapport avec elle, notamment le nom de son père. C’est ce livre, un manuscrit, qui après est offert au lecteur. En mémoire de moi nous plonge dans la vie tumultueuse de Zita, sa relation avec la haute, sa période de prostitution, ses amours, la honte et la tristesse que lui impose sa mère en lui disant qu’elle est pauvre, qu’elle vit à ses dépens et aux dépens des autres, qu’elle doit déménager d’un trois pièces pour un studio et vendre les livres adorés de son père décédé, son désir d’être riche et au-dessus des autres, ses débuts d’écrivain, ses rencontres et ses désillusions. Parfois, nous retournons brillamment dans le présent d’Ondine et Pierre qui nous livrent leurs impressions sur l’histoire d’une femme, tantôt aimée, tantôt détestée.

Le foisonnement des thèmes abordés, à la limite de l’éparpillement, n’est pas sans audace. En vrac, Zita nous parle de la perversion de la haute-bourgeoisie, de la décadence du milieu littéraire, de la prostitution, des ébats d’un président de la République, de la réalité (Romain Gary incarné dans le personnages de Romain Kiev, amant de Zita), de la fiction (l’histoire de Zita), de l’amour,de la haine, de l’écriture, de la vie, de l’enfantement… Tout est là, mais peut-être sont-ils un peu trop nombreux, et la profusion des thèmes empêchent de les explorer jusqu’au bout. Mais ce qui est abordé est bien abordé. Nous avons des références, une certaine gravité et une sorte de lyrisme mêlés à de l’humour et de la fraîcheur. Avant de voir l’accusation, nous voyons l’histoire de Zita. Si déplaisante au début dans le rôle de prostituée, d’amie traître et de mère qui abandonne son enfant, la femme devient au fil des pages plus humaine, plus faible et plus compréhensible. Nous ressentons de la pitié pour elle, aussi. Et puis, grâce aux interventions de Pierre et Ondine, peu nombreuses il est vrai, nous imaginons la portée de tels mots dans la réalité et nous souffrons de les lire.

Le nombre de personnages est lui aussi impressionnant. Ils sont tous liés autour de Zita et chaque destin semble compter, de celui d’une Madame Claude qui gère tout le réseau de prostituées de luxe à celui du père de Zita, mort quand elle avait huit ans, en passant par celui de Clémence, fille de la haute-bourgeoisie dont les sentiments pour Zita vont passer de l’amitié à la pitié pour finir par la jalousie. L’éditeur, les patrons, le « client », l’amoureux, le grand-frère adoptif, la mère… ils ont tous un rôle dans cette histoire et conduisent le lecteur à comprendre Zita et à critiquer la  société  bourgeoise des années 1970. Les descriptions, tout aussi foisonnantes, ont elles aussi toutes leur rôle à jouer, et chaque détail a son importance.

Un premier roman véritablement formidable malgré un foisonnement un peu trop foisonnant par endroit, quelques ratés  (rien d’anormal pour un premier roman) et un ton quelquefois un peu prétentieux, mais il faut avoir un peu d’arrogance pour avoir de l’audace, du style et du talent. Un premier roman assez formidable.

Fourrure

de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

éditions Stock

20 Janvier 2010

Merci à  et aux éditions  pour ce livre et leur confiance.

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A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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12 commentaires pour Fourrure de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

  1. Paradoxale dit :

    J’en ai entendu parler dans le magazine Lire, qui dit aussi que c’est un bon premier roman. Il ne m’attire, pour le moment, pas tant que ça, mais si je le vois à la bibliothèque, pourquoi pas 😉 Découvrir de nouveaux auteurs est toujours intéressant !

    • constance93 dit :

      c’est un premier roman : peut-être ne vaut-il pas un énorme détour (ce qu’il est un peu malgré tout puisqu’il ne fait pas partie de mes lectures habituelles et qu’il est long), mais la lecture en est agréable, il y a une vraie recherche de style et on apprend des choses… pas si mal que ça 😉

  2. denis dit :

    on a entendu une très bonne critique sur France Culture et Fabienne voudrait lire ce livre
    tu l’y encourage
    les critiques disaient qu’il faudra voir le 2e roman pour voir s’affiner quelques erreurs de « jeunesse d’écriture ». Cela va aussi dans le sens de ce que tu dis
    bonne soirée
    Denis

    • constance93 dit :

      possible que son écriture devienne meilleure par la suite : cette jeune auteur est prometteuse ! 😉
      je dis sûrement les choses moins bien qu’un critique, mais si toi et mes autres lecteurs me comprennent, ce n’est pas grave. 🙂 Mais merci pour le parallèle entre ce que je dis et ce que les critiques disent 😀

  3. evertkhorus dit :

    Oh tu as l’air d’avoir bien apprécié malgré tes quelques petites critiques!!! Moi j’aime beaucoup:)

  4. herisson08 dit :

    Il est dans ma LAL mais pas encore lu 🙂

    • constance93 dit :

      je ne l’aurais pas lu sans le recevoir par le partenariat avec Livraddict, mais je suis contente d’avoir pu y participer (surtout que ce n’est normalement pas possible : Livraddict réserve ses partenariats au + de 18 ans) : c’est un premier roman bien réussi, mine de…

  5. Pimprenelle dit :

    Les avis sont assez enthousiastes et le livre me tentait assez, mais vu la hauteur de ma PAL, ce n’est pas raisonnable..

  6. Cerise dit :

    Moi je l’ai trouvé top, j’ai ri, je l’ai emporté partout et à la mort de Timothée, j’ai vraiment pleuré comme une Madeleine. Je vous assure qu’il vaut la peine

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