La Mer Noire de Kéthévane Davrichewy

lecture n° 2/10

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Retour d’exil

L’exil est cette chose que nous ne connaissons pas, qui nous intrigue et nous repousse à la fois. On s’interroge. Qui ? Quand ? Pourquoi ? On ressent de la pitié, se dit que nous ne voudrions pas être à leur place, l’étant parfois. La Mer Noire nous parle d’un exil, celui de Tamouna, une géorgienne, mais aussi et surtout une apatride en France. Elle a quitté son pays devenu une démocratie socialiste pleine d’espoir quand l’URSS a dominé le pays dont son père était ministre. Elle y a perdu son père et son aisance toute relative. En France, elle vit avec sa mère et ses deux sœurs dans le « palais » moisi et isolé de tout appartenant à la Géorgie (dont c’est le seul bien), ou alors dans un pavillon en ruine ou un immeuble HLM. Elle se bat pour s’intégrer à la France, tout en refusant d’oublier son père et son pays, incarné quasiment dans un seul lieu : Batoumi, sur la côte de la Mer Noire.

Ce livre nous parle d’attachement à une terre, d’intégration, de communauté émigrée dans un autre pays, de liens entre migrants et surtout de l’oubli et de l’espoir. Tamouna, comme les autres, hésite entre les deux : oublier son pays et recommencer sa vie ici ou bien garder l’espoir de voir un jour l’URSS tomber pour retourner dans son pays ?

On apprend des choses aussi sur la Géorgie, ce pays oublié au milieu des grandes Russie et Turquie. Pourtant, ils ont une culture et une histoire. Histoire qui se construisait d’ailleurs au début du XXe siècle vers une démocratie populaire très avancée. Elle avait proclamée son indépendance et monté un système démocratique et socialiste, le premier au monde, en plein essor. Les révolutions bolcheviques vinrent détruire cela. En 1921, le pays est envahi par la toute jeune URSS et Staline, dès 1927, impose un régime totalitaire des plus rudes : les opposants sont éliminés sans merci, des « disparitions » pures et simples ont lieu pendant de grandes purges et la censure est visible même de l’Occident. Le statut des émigrés politiques de Géorgie nous est aussi donné : une communauté d’apatrides sans aucun bien ou presque qui ne se bat même plus pour maintenir un sentiment national au sein de la communauté géorgienne.

Presque pour égayer cela, l’histoire tragique de l’amour entre Tamoura et Tamiz, un jeune homme rencontré en Géorgie et retrouvé trop tard en France, constitue la trame du récit. Tamoura, à ce qu’on devine la veille de sa mort, pense encore à lui et à une nouvelle rencontre. Elle revient pour l »occasion sur ses souvenirs avec lui, puis avec tout ce qui se rattache à lui : son pays, les conflits politiques, l’exil et la vie dans un nouveau pays : la France.

Un livre très prenant et très vrai malgré un peu de mièvreries (l’histoire de l’amour impossible entre deux héros, le décès de l’être proche…) et de dureté (un petit manque d’humour peut-être, même si celui-ci n’est peut-être pas le bienvenu pour traiter d’un tel sujet). Un livre sur l’exil qui apprend et fait ressentir.

La Mer Noire

de Kéthévane Davrichewy

éditions Sabine Wespieser

4 Janvier 2010

[ EDIT : je me rends compte que ce livre rentre dans le challenge Une année en Russie organisé par Pimpi du blog Marque-ta-page puisque, si la Russie n’est pas le thème principal, elle est dans un rapport de cause à conséquence des plus réels avec la vie de la protagoniste et l’histoire d’un pays. Donc j’ajoute le logo du challenge et envoie un mail au plus vite à l’organisatrice :

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A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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7 commentaires pour La Mer Noire de Kéthévane Davrichewy

  1. cocola dit :

    J’avais lu un roman jeunesse du même auteur il y a un certain temps maintenant… Là, le titre ne m’attire pas forcément mais la couverture si ! (comme toutes celles de la même collection).
    Je note, car j’ai quand même l’impression que ça t’a plu ?

  2. Leiloona dit :

    J’ai énormément aimé ce livre. Le thème de l’exil m’a touchée. 🙂

  3. Aifelle dit :

    Tu as trouvé de la mièvrerie ? moi pas du tout, j’ai été complètement emportée par cette histoire.

  4. Ping : Bilan du prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs | petites lectures entre amis

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