Ma Biennale du livre d’histoire de Pontivy 2010

Le week-end dernier, un bon nombre de la communauté blogo-lectrice se rendait au salon du livre à Paris, me faisant rager de ne pas y être (pour la simple raison que j’habite à 5h de route). Là-bas, les blogueurs et les lecteurs de tous les horizons ont rencontré les plus grands auteurs du moment, ont assisté à des conférences exceptionnelles… Bon, le rêve.

Mais je me rattrape ce week-end en passant à… la biennale du livre d’histoire de Pontivy. Un petit salon du livre au milieu de la Bretagne, cela vaut largement le salon du livre, hein ? Mis à part mon ton (légèrement) ironique, il faut avouer que j’ai passé un agréable moment et que j’ai rencontré des auteurs très sympas. Mais je vais vous en parler un peu plus…

La biennale commençait hier soir et je n’ai pas pu loupé l’inauguration puisque je devais y faire un discours. J’avais en effet été chargée d’annoncer le prix de la Biennale des lycéens, cette année décerné à Alain Blottière pour son roman Le tombeau de Tommy. Je vous passe le discours que j’ai fait toute tremblante (j’ai toujours une montée de stress quand je dois parler à un public de plus de 15 personnes).Son message de remerciement, puisqu’il était absent) a fait de nous (le jury des lycéens) ses « lecteurs idéaux », ce qui fait bien plaisir.

Ensuite, disons que je n’étais tout simplement pas au spectacle Des lendemains qui saignent de Dominique Grange avec Tardi qui avait l’air pourtant bien intéressant.

Je suis repassée cet après-midi au salon pour assister à des conférences et des tables-rondes, voir les expos et surtout acheter des livres et rencontrer des auteurs. Ce que j’ai fait. J’ai commencé à faire un premier tour du salon, tout en restriction, me disant que j’achèterais des livres au deuxième tour. Je ne résiste pas : dès le premier tour j’achète un livre, et je me justifie lâchement en disant que ce n’est pas pour moi mais pour le petit-frère. Le voilà :

Mais il temps d’assister à la conférence que je ne veux absolument pas rater : celle de Kris et Sorj Chalandon sur le conflit irlandais. J’avais beaucoup aimé la bande-dessinée Un Homme est Mort de Kris et n’avais qu’un avis mitigé sur La légende de nos pères de Sorj Chalandon, mais ce ne sont pas ces deux livres là qui traitent de ce sujet mais Un traître pour Sorj Chalandon et Coupures irlandaises pour Kris. Le sujet m’intéresse, cependant, même sans avoir lu les livres. D’ailleurs, je ne suis pas déçue : le thème est bien abordé, on nous parle des  non-dits, du vécu, du rapport entre les deux oeuvres, de la situation encore aujourd’hui… Mais ce qui ressort le plus, c’est l’émotion que nous offre Kris, dont la bande-dessinée est en partie autobiographique apparemment, mais surtout Sorj Chalandon qui signe avec Mon traître une auto-fiction. Une auto-fiction dans laquelle il change son rôle puisqu’il trouve qu’un « narrateur journaliste, c’est pas intéressant » pour lui donner le statut de luthier, lui qui était amoureux de la musique irlandaise. Il nous parle de Deniss, son ami de toujours, celui qui lui a fait découvert la culture irlandaise, l’y a intégré, lui a fait croire à la cause de l’IRA mais aussi le traître. Le traître qui a trahi sa nation et que les britanniques se sont réjoui de dénoncer après l’accord de paix, celui qui a conduit à la mort des compatriotes, des amis, des frères. On ressent toute l’émotion qu’il y a derrière ce récit, et on se dit que peut-être l’auto-fiction a vraiment un pouvoir, celui non seulement de partager son vécu et de le comprendre, mais aussi celui de faire ressentir des émotions au centuple de ce dont le réel est capable. Bien sûr, il faut qu’elle soit bien abordée et que ce ne soit pas trop nombriliste ni trop transparent, mais je pense, après ce que Sorj Chalandon nous a dit, que c’est le cas ici. Nous avions envie de pleurer devant ces mots et devant toute la réalité qu’il imposait. Kris nous fait partager également son expérience, puisque son récit est basé sur son histoire : un gamin de 14 ans qui passe un mois en Irlande du nord dans les années 70′ et qui, un jour, va se faire arrêté par les flics à qui il répond lorqu’ils lui demandent son identité qu’il s’appelle Gérard Depardieu. La fiction qu’il imagine après semble plus grave, avec des conséquences qui auraient du être celle de l’époque mais qui, par un coup de chance inexpliqué, ne l’a pas été dans la réalité. Les deux parlent ensuite de leur expérience personnelle sur le conflit. Là encore, l’émotion est grande : Sorj Chalandon nous parle de l’objectivité qu’il devait avoir dans ses articles, des irlandais qui l’ont poussé à aller à la rencontre de l’ennemi, à le comprendre, lui disant « tu ne nous comprendras pas nous si tu ne comprend pas nos ennemis » et de ses souvenirs, une vieille dame aveugle qui repousse un soldat anglais quand celui ci lui propose son aide notamment. Kris nous parlera lui aussi de Sorj Chalandon qui a écrit la préface de son livre et qui l’a rendu heureux en lui offrant la réaction qu’il espérait. Bref, nous ressortons de là tout chamboulé, vous n’imaginez pas.

Je n’avais plus le choix : je devais absolument acheter Mon traître et Coupures irlandaises. Je suis resté parlé un petit peu avec Sorj Chalandon, rejoint par une documentaliste qui avait fait participer ses élèves au Goncourt des Lycéens et qui devait  lire La légende de nos pères bientôt. Sorj Chalandon s’est précipité pour dire que Le Club (des Incorrigibles Optimistes de Guenassia) était formidable, et je n’ai fait que surenchérir. Il semble en plus que Sorj Chalandon est lu une bonne partie de la sélection puisque nous avons également parlé du livre de Delphine de Vigan, de celui d’Eric Fottorino (que nous avons tous trois détesté) et de celui de Yannick Haenel (que je suis la seule a priori à ne pas avoir aimé). Je lui ai ensuite avoué que je n’avais pas vraiment croché avec La Légende de nos Pères mais qu’il m’avait vraiment posé beaucoup de questions, ce à quoi qu’il m’a répondu que c’était son intention principale. Il me dit qu’il faut que je lise Mon traître au plus vite, mais quand je lui annonce que « bah, non, j’en ai beaucoup d’autres à lire, je suis dans le jury pour le prix Ouest France/Étonnants Voyageurs », il m’annonce que lui aussi en est. Nous convenons donc tous les deux que je lise son livre au plus vite : avant le 8 Mai, date des premières délibérations.

Je passe très peu de temps avec Kris, même si celui ci est vraiment très sympathique et me demande pourquoi j’achète Coupures irlandaises (je lui explique que j’ai entendu la conférence et qu’une BD est plus universelle qu’un roman et sera lue par toute la famille qui pourra enfin parlé d’un même livre), ce que j’ai pensé de Un Homme est Mort et si j’ai une grande famille (pour la dédicace).

Je croise très vite Daeninckx (auteur de Missak), à qui j’annonce que c’est à lui que j’aurais voulu décerné le prix lycéen de la Biennale.

Je vais ensuite voir les expos au château des Rohan, situé à côté du palais des congrès, lieu central du  : une sur les femmes rebelles contemporaines (intéressante, mais pas tout à fait captivante), une autre sur les femmes pacifistes de la première guerre mondiale, une autre encore faite par des classes de primaire du réseau pontivyen et une dernière sur les imprimeurs clandestins. Celle des imprimeurs clandestins est vraiment très intéressante, avec de superbes photographies de Robert Doisneau que je n’avais encore jamais vue, telle celle-ci par exemple : 

Je vais ensuite écouter les lectures de textes phares sur la résistance et la révolte de Stéphanie Detlof-Chaput. Je ne suis pas resté jusqu’à la fin, mais j’ai pleuré avec elle à la lecture d’une lettre de fusillé, comme l’ensemble de la salle je crois. Beaucoup d’émotion derrière une mise en scène assez simple (le support de lecture différait selon la source : article, livre, lettre… et correspondait à celui-ci), une gestuelle importante et honnête et un ton de voix totalement adapté à chaque lecture.

Je rentre chez moi l’esprit plein de choses apprises (j’ai entre temps assisté à la moitié d’une conférence de l’historien Jean-Pierre Azéma sur Jean Moulin), une PAL rallongée et surtout le cœur plein d’émotion.

PS pour les bretons : je n’y serais pas mais la biennale se poursuit également demain toute la journée, plus d’info sur le site de la Biennale.

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A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
Cet article a été publié dans quelques aventures livresques (rencontres, festivals, prix...). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

11 commentaires pour Ma Biennale du livre d’histoire de Pontivy 2010

  1. denis dit :

    reportage très intéressant pour une biennnale qui devait l’être
    pour ma part j’adore l’Histoire et j’apprécie beaucoup Azéma grand spécialiste de la 2e guerre mondiale
    bon dimanche de Pâques
    Denis

  2. yspaddaden dit :

    Tout à fait intéressant ce salon et l’avantage sur celui de Paris c’est que tu as eu le temps de parler avec des auteurs, même très connus, et visiblement assez longtemps. A Paris c’est impossible, la foule, la queue, l’impatience dominent. J’ai très envie de découvrir Chalandon, je l’ai entendu il y a un bout de temps parler de l’Irlande en des termes qui m’ont beaucoup plu.

  3. Ping : Coupures Irlandaises de Kris et Vincent Bailly « petites lectures entre amis

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  6. Ping : L’heure d’un bilan s’impose | petites lectures entre amis

  7. Lyra Sullyvan dit :

    Hop hop, quelques livres de plus dans ma wish, merci de faire partager tout ça ! 🙂

  8. Ping : 30 Days Books #9 | petites lectures entre amis

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