Jour de tremblement de François Emmanuel

lecture n° 3/10

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Je rédigeais ce billet vendredi dernier lorsqu’une coupure d’électricité (qui a duré jusqu’au lendemain soir, merci EDF) est venue me couper dans mon élan. Bien sûr, l’électricité revenue, ce billet en cours d’écriture m’est totalement sorti de l’esprit (et j’avais d’autres choses à vous raconter aussi). J’y reviens aujourd’hui, et reprend tout à zéro, puisque wordpress n’a eu la gentillesse que de me sauvegarder le titre…

Attente incompréhensible

Jour de tremblement est un roman surprenant par bien des aspects, mais avant tout parce qu’il est indéfini dans le temps comme dans le lieu. A la manière presque d’un journaliste (ce qu’est le narrateur, tout en l’étant pas), François Emmanuel nous raconte l’histoire d’une croisière qui n’en est pas une sur un bateau de luxe sur un vague fleuve d’Afrique. Bien entendu, nous ne savons pas quand se déroule cette fausse croisière (puisqu’aucun des personnages principaux ne semblent être là pour se reposer mais par exemple pour réaliser un reportage sur les oiseaux, trouver l’inspiration, mourir ou oublier le grand amour) qui tourne d’ailleurs très mal : le bateau est pris d’assaut par des troupes révolutionnaires qui veulent placer un dictateur nationaliste au charisme étrange au pouvoir. Les vacanciers deviennent des otages qui ont tout de même la possibilité de partir. Unique problème : l’insurrection est partout sur terre et les étrangers sont destinés à être tué s’ils y posent le pied.

Toute cette étrange histoire se déroule sur huit jours qui constituent les chapitres de ce livre. Huit jours et huit nuits d’horreur pendant lesquels tout bascule et où l’occidental devient le chien tandis que l’africain le maître qui décide de la vie et de la mort, donne des ordres et est propriétaire. Mais ces huit jours traînent : rien ne se passe et le lecteur est tout juste maintenu dans la tension quasi palpable instauré par le récit. Il attend que quelque chose se passe : la fin de l’horreur ou au moins des péripéties. Mais rien. Les phrases sont longues, les descriptions interminables, l’action moindre. Là où l’on attend de l’action, on trouve de la poésie. La langue est dense, oui, mais elle l’est trop et elle finit par endormir. Il n’y a qu’un pas entre le suspense et le suspens et le lecteur se demande parfois si ce pas n’a pas été franchit.

Si le temps suspendu est roi dans ce livre, l’incompréhension est reine : les allers et retours, le statut changeant des personnages, le rôle de chacun, les évènements autour, les fausses alertes, les discours même pas explicités, le huis-clos que constitue le bateau mais dans lequel rien n’est dit, la frontière entre blancs et noirs, le rêve et la réalité… rien n’est clair. Nous avons l’impression d’être dans un mauvais rêve, peut-être un cauchemar hallucinatoire donné par les esprits du fleuve, puisqu’eux aussi apparaissent quelquefois. On ne sait même pas trop comment tous les personnages finissent. A un certain moment, nous croyons être dans une enquête policière, mais jamais la résolution de l’enquête ne nous sera donnée. Le doute plane toujours.

Parfois, on essaye de justifier l’un ou l’autre par la logique : des longues descriptions parce que nous sommes dans le point de vue d’un cinéaste qui observe beaucoup, des choses incomprises parce qu’il faut entretenir le mystère et parce que nous sommes en terre de légende, cette impression de rêve peut-être parce que c’est la nature même du roman, une inversion par rapport à la réalité pour mieux comprendre celle-ci… Mais y-a-t-il vraiment de la logique a retiré de ce livre plus poétique que romanesque ? Ce ne sont peut-être que des éclats de sensations sur fond d’intrigue romanesque qui nous sont ici offerts. Ou alors la vague traversée d’un fleuve et la lente ascension de celui-ci sur les personnages. Ou encore des tremblements, des changements constants et soudains. Ou alors rien du tout. On ne sait pas.

Pour savourer ce roman, il faut se laisser emporté par ce tourbillon (d’ailleurs, le fait que le bateau s’appelle Katarina pourrait par là avoir un vague rapport avec le cyclone) d’histoire, chose hélas impossible à un bon nombre de lecteurs malgré tous leurs sens aux aguets. Nous essayons de voir des signes dans les vides, mais le vide reste la plupart du temps le vide, et les lettres manquantes des slogans révolutionnaires écris sur les murs restent des trous. Ce n’est pas l’épilogue qui nous éclaircira, lui presque en trop, plus explicite mais aussi plus incompréhensible encore que le reste du récit.

Comment éclaircir tout ça ? Peut-être en se disant pour terminer que ce roman est un récit dans lequel il se passe beaucoup de choses mais qui n’avance à rien, ou inversement : il ne se passe rien mais il y a quand même quelque chose. Vous l’avez compris, on reste dans le noir. Le mieux est encore de se laisser envoûter sans rien attendre...

Jour de Tremblement

de François Emmanuel

éditions du Seuil

7 Janvier 2010

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A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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3 commentaires pour Jour de tremblement de François Emmanuel

  1. Theoma dit :

    Chouette ! Enfin un que je ne vais pas noter 😉

  2. Ping : Bilan du prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs | petites lectures entre amis

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