Tim Burton, entretiens avec Mark Salisbury

Plongée en Burton

Nous avons tous des a priori envers ces livres d’interview souvent ennuyeux et propice à la divagation des artistes interrogés. mais dès qu’il s’agit de Tim Burton, on oublie ses préjugés et on se prépare à essayer de comprendre un des génies actuels du cinéma, aussi fou que génial, inutile de le préciser.

Et puis on se rend très vite compte de l’importance des propos de cet artiste qui se confie simplement à un ami sur chacun de ces films. Bien entendu le novice pourra se permettre de passer les chapitres qui ne lui parleront pas du tout parce qu’il n’a pas vu le film dont nous parlons, et ceux même si chaque mot de Tim Burton se savoure et fait écho aux autres.

Il n’y a aucun ennui dans cet ouvrage. Nous changeons de décor, c’est-à-dire de film, de façon plus que nécessaire et Mark Salisbury sait faire jongler son ami sur des thèmes très variés tels que les acteurs, la vie privée, le rapport avec la presse et les maisons de production, sa vision d’Hollywood, son passé, ses sources d’inspiration, ses collaborateurs divers de longues dates ou pas, la réalisation des décors et des effets spéciaux, la justification de telle scène tournée ainsi, le côté universel de ces films, l’implication… On aborde de nombreux aspects de ce réalisateur/producteur, aspects largement visible dans ses œuvres.

Mark Salisbury sait intervenir de manière discrète et utile. Il va nous apporter des précisions sur tel  personne ou tel film et inviter Tim Burton à développer cela, donner son point de vue sur des choses qui ne sont, somme toute, que des éléments biographiques tels qu’ils nous seraient donné dans un bon ouvrage. Les interventions de Tim Burton constituent la majorité de ce livre, et ce à notre grand plaisir. Avec ses propos, nous plongeons dans son monde à la fois complexe et simple, noir et blanc, optimiste et pessimiste (oui, il reconnaît lui même avoir un côté schizophrène). Et puis il dit des choses très vrais : « le non-dit, c’est la maie du cinéma » (p77), « les étiquettes peuvent valser, mais la précédente reste tant qu’on ne l’a pas remplacé par la nouvelle » (p180), « la création est forcément cathartique » (p223), « on a pas idée du pouvoir des mots lorsqu’ils viennent du coeur même d ce que sont leurs auteurs » (p243), « je crois que toutes les entreprises artistiques sont une manière de résoudre des problèmes, une sorte de thérapie, un fantasme de réconciliation » (p262)… Bien sûr, toutes ces phrases pourraient paraître infiniment arrogante et donner l’impression que Tim Burton est un homme qui lance des vérités sans même les démontrer, mais chaque fois ces phrases sont des conclusions à des choses qu’il a directement vécu. Ce sont juste des choses qu’il pense parce qu’il les a vécu. Du coup, chaque expérience semble le faire grandir et chaque fois, ces films semblent plus aboutis, de même que sa personnalité.

Tim Burton ressemble un peu à un enfant timide qui a trouvé le cinéma pour exprimer ses pensées les plus profondes, même malgré lui. Ce n’est que des années après que Tim Burton reconnaîtra dans une de ces réalisations la part directement reliée à lui, aux traumatismes et aux joies de sa vie. Ces films lui permettent d’avancer et lire un artiste aussi engagé dans son art a quelque chose de véritablement passionnant. Surtout que, s’il sait être grave, Tim Burton ne manque pas d’humour non plus : par exemple « Mon problème avec Superman est simple : comme personnage de comics, il est parfait, mais comme personnage de cinéma, on ne s’interroge jamais sur le fait que ce type se trimballe en costume bleu avec une ceinture jaune curieuse et « tutti quanti » » (p174) ou « J’adore les maniaques de l’authenticité historique au cinéma, et j’ai rencontré plusieurs maniaque de cette espèce pendant la promotion [de Big Fish]. Ils me demandaient des trucs du genre : « Que viennent faire des idéogrammes chinois et des chansons américaines pendant la guerre de Corée ? » Et c’est moi qui me demandais : « Et c’est moi qu’ils trouvent bizarre ? » » (p235). C’est toujours de l’humour à la Tim Burton, un peu décalé, mais il en est totalement conscient et il en joue tout autant dans ce livre que dans ces films.

Beaucoup d’autres choses plaisent dans cet ouvrage et dans la personne de Tim Burton que nous y devinons : son humanité, sa vision des hommes en général et en particulier, sa modestie, sa façon de nous donner des vérités sans nous les imposer, sa façon d’agencer les mots et différentes images… Et puis on apprend tout de même énormément de choses, des détails qui nous font rire (saviez-vous que les écureuils de Charlie et la chocolaterie étaient un vrai écureuil qui a été multiplié à l’ordinateur, certes, mais un vrai écureuil et pas une image de synthèse ? ou que ne pas donner d’yeux aux personnages de L’étrange Noël de Mr. Jack était non seulement un défi mais aussi une sorte de vengeance sur les yeux de renard larmoyants que Burton avait du dessiner pour Disney ?) ou alors qui nous interpelle (« Wonka est un personnage compliqué, c’est sa nature même, et c’est pour cela que nous avons essayé de le replacer dans un contexte » p247) ou qui nous font dire que la vision du réalisateur est l’une des plus belles jamais vue (il dit de Roald Dahl que c’est « un inventeur de fables modernes » car « il mélangeait la lumière et les ténèbres, ne prenait jamais les enfants de haut, et possédait le même humour politiquement incorrect qu’eux » pour conclure avec « Dahl était un homme intéressant fantasque et créatif. (…) Il était ce qu’il écrivait. » p243-244, eh bien, quand un homme a aussi bien perçu cet auteur de jeunesse et qu’il arrive à y mettre de mots, nous devons dire que cet homme est un génie). Les illustrations, toutes de Tim Burton et pour la plupart inédites, jouent parfois ce rôle de détails qui, bien évidemment, nous charment.

Pourtant, malgré toutes les choses vraies qui nous sont dites, ce livre ne nous laisse pas les boire tranquillement sans aucune réflexion : c’est bien à nous d’établir des recoupements avec les films, avec Tim Burton, avec ce qu’il a déjà dit et avec nous-même. Chacun a une image de soi plus ou moins développée et plus ou moins assurée. Tim Burton en a une qu’il arrive à magnifiquement retranscrire dans ses films, sans même s’en rendre compte d’après lui. La vision des autres, celle que Jonnhy Depp nous offre dans la préface et qui est en fait un vibrant hommage à l’ami et à l’artiste par exemple, est différente et proche à la fois de celle de Tim Burton. Vous ne comprendrez pas cet homme torturé après cet ouvrage, vous l’apprécierez seulement mille fois plus.

Tim Burton, entretiens avec Mark Salibusry

de Mark Salisbury

éditions Sonatine

5 Novembre 2009

Miss Spooky Muffin en parle de le même façon, sauf qu’elle l’a lu en anglais ! Allez-voir !

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A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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4 commentaires pour Tim Burton, entretiens avec Mark Salisbury

  1. Miss Spooky dit :

    Magnifique chronique ! Je vais de ce pas mettre un lien à la fin de la mienne pour ceux qui ont encore besoin d’être convaincus de le lire.
    Comme toi, j’ai beaucoup aimé le côté humain qui ressort des propos de Burton, et j’apprécie que ce soit lui plutôt qu’un journaliste lambda qui parle de son travail. Il admet ses erreurs et parle avec affection de ses films, je trouve ça vraiment agréable. Et en effet, certaines phrases font réfléchir – il faut dire que j’aime beaucoup sa façon de penser.
    Je savais pour l’écureuil !! 😀

    • constance93 dit :

      merci ! je vais aussi faire la même chose. 😉
      d’ailleurs, à partir de maintenant, je vais essayer de mettre des liens vers d’autres articles : après tout, avec blog-o-book et bibliomania c’est vraiment super simple 😀

  2. silvi dit :

    je me demandais à quoi pouvait ressemble le contenu de ce livre. Ton billet m’éclaire et ce libre se retrouvera un de ces jours dans ma boite à livres….. bonne journée

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