Ru de Kim Thuy

lecture n°10 /10

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Souvenir

L’autobiographie est un genre déplaisant parce qu’il est le reflet du narcissisme d’une personne qui a un jour penser que son vécu intéresserait les gens et valait le coup d’être raconté au monde entier. Écrire sur soi  est très narcissique, surtout quand on destine ce livre à la publication. Devant autant d’arrogance, le minimum est bien que l’écriture soit travaillée et très réussie. Ce n’est pas toujours le cas. Il faudrait aussi que ces auteurs pensent que leur petite vie n’intéresse peut-être pas tout le monde et que ce n’est pas ce que les lecteurs désirent. Une autobiographie, c’est aussi quelque chose de tellement ancré dans le réel que ça en devient banal, inintéressant. Un écrivain doué réussira à extraire tout l’imaginaire qu’il y a dans son réel pour rendre son autobiographie accessible au plus grand nombre.

Bref, l’autobiographie est remplie de défauts et passer au-dessus de cela est une démarche compliquée dans laquelle beaucoup d’écrivains échouent. Mais Kim Thuy ne fait pas partie des écrivains qui échouent. Son premier livre est une autobiographie qui s’appelle Ru. A l’intérieur de ce très court livre, elle survole son destin, elle rentre dans sa conscience pour partager un moment ses pensées avec nous. Les souvenirs viennent, se font échos, sont très courts, la plupart du temps traduits en quelques phrases. La vie que nous entrapercevons semble dure et digne d’être révélée. Son destin est celui d’une boat-people comme il y en a de part le monde occidental ainsi que celui d’une maman d’un enfant autiste. Ce qui ressort de ce livre, c’est la douce musique des mots, très simples, très sobres, très purs. La poésie est jusqu’à être présente dans le titre du recueil de souvenir plus que du récit qu’elle nous livre : en français, ru signifie « petite rivière » or un cours d’eau symbolise la vie et en vietnamien, ru se traduit par « berceuse » et les mots qui sont dans ce livre forment bien une berceuse pour son lecteur.

Le seul reproche à faire à ce premier roman est qu’il ne fait que survoler la vie de son auteur à travers des souvenirs qui lui reviennent en vrac, alors que nous voudrions en apprendre plus sur elle, sur ce qu’elle a vécu et sur ce que d’autres ont vécu de la même manière. Il y a un manque de précision, de mise en contexte. Le risque est bien sûr que la contextualisation  supprime la poésie du livre ainsi que l’irréalité parfois perçue. Une irréalité véridique car quoi de plus irréel que des hommes et des femmes entassés sur des navires, étouffés, écrasés ou noyés, des camps de réfugiés qui ressemblent à des bidonvilles ou un fils qui ne voit pas l’amour de sa mère ?

Ru est véritablement un magnifique récit de vie, qui casse les contraintes habituelles  du genre pour s’en donner d’autres qui rendent le récit plus beau et plus vrai.

Ru

de Kim Thuy

éditions Liana Levy

2 janvier 2010

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A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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15 commentaires pour Ru de Kim Thuy

  1. Gwenaelle dit :

    Entièrement d’accord avec ton introduction… Ici, le choix de l’auteur de survoler plutôt que de s’appesantir permet à la lecture de rester légère. Ton billet me donne envie d’aller voir de plus près ce livre en librairie. Ça va mieux, la tête? 🙂

    • constance93 dit :

      oui, la tête va mieux^^ mais je n’ai pas encore eu le temps de faire ce texte. je saute pour cette fois, même si l’exercice était très intéressant. Peut-être dans la semaine, si l’envie me prend… 😉
      bonne semaine !

  2. Valérie dit :

    Pardon Constance, pourrais-tu enlever mon commentaire précédent qui n’est pas lié à ce livre (eh oui, il ne faut jamais faire deux choses en même temps!). Ce roman dédicacé par l’auteure est dans ma PAL.

  3. Mathilde dit :

    un livre que j’ai trouvé magnifique !

  4. Leiloona dit :

    Oh, souvent écrire son autobiographie a aussi un puissant effet cathartique. Je ne pense pas que ce soit tout le temps nombriliste. 😉

    • constance93 dit :

      j’avoue. dans le genre autobiographie (ou plutôt autofiction) cathartique, je te conseille même Mon Traître de Sorj Chalandon qui est un des livres les plus beaux et les plus tristes que j’ai lu.

  5. clara dit :

    J’ai prévu de le lire ( mais quand… je ne sais pas..)

  6. sybilline dit :

    Ton article, qui a le grand mérite d’être nuancé et clair, me donne fort envie de me lancer dans ce roman ! Merci

  7. Ping : Bilan du prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs | petites lectures entre amis

  8. elisabeth21 dit :

    j’ai lu ce livre et j’ai adoré, je suis tout a fait d’accord avec tes propos !
    est-ce vrai qu’il s’agit du premier lroman d’une série?

    • constance93 dit :

      c’est un premier roman, mais je ne pense pas qu’une suite soit prévue. à vrai dire, je n’en sais strictement rien^^
      merci pour ton comm dans tous cas 🙂

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