Kamouraska d’Anne Hébert

Atmosphère de neige

Anne Hébert, auteur québécoise du XXe siècle, fait avec son récit Kamouraska une véritable oeuvre romanesque. Véridique car elle y met tous les ingrédients dont un roman doit se pourvoir tout en créant une chose nouvelle, très belle et très aboutie.

On ressent, dès le premières lignes, le talent de la romancière pour nous plonger dans une atmosphère particulière. Nous sommes au Québec au milieu du XIXe siècle. Elisabeth d’Aulnières – enfin, Mme Rolland, est au bord de la folie face à la fatigue qui la pénètre à force de veiller son mari mourant. Dans un rêve à moitié éveillé, elle revit toute sa vie passée, notamment celle passée avec son premier mari, Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska.

Les phases entre réveil – moment de l’agonie de son mari – et rêve – retour sur son passé, s’alternent dans un ordre décousu. Là où le temps est suspendu (sur quelques jours à se reposer sur un lit sans bouger), les saisons défilent ailleurs. A une vitesse folle. On passe de Sorel à Kamouraska avant de revenir à Sorel, mais à un autre moment encore. On revit avec Elisabeth sa rencontre avec Antoine Tassy, puis sa dure condition comme maîtresse de Kamouraska, enfermée dans une campagne reculée avec un mari ivrogne, infidèle et voleur. Son retour à Sorel dans la maison familiale, chez ses tantes et sa mère, pour échapper à son mari… La compromission, l’amour, la mort, la trahison, la passion, le sacrifice, la tragédie. L’histoire d’amour d’Elisabeth d’Aulnières, qui n’est, malgré la présence de trois hommes dans sa vie, pas plurielle, possède tout cela, et bien plus.

Ce qui frappe peut-être le plus dans ce roman, c’est la capacité qu’ont les mots à créer un univers à part, des paysages particuliers, des ambiances étrangères. Chaque paysage, chaque moment, semble intimement lié aux émotions d’Elisabeth. Elle semble ressentir au plus profond d’elle les éléments qui l’entourent. Ce ne sont souvent que des évocations, mais notre imagination, saisie par la poésie du texte, effectue le reste du travail et paysages et sentiments prennent forme pour nous éblouir.

Un texte splendide, parfois indéchiffrable, mais d’une puissance rare. Une très belle histoire, une très belle voix, un très beau moment d’évasion. D’une tristesse et d’une émotion rares.

Kamouraska

d’Anne Hébert

ed du Seuil pour la 1e édition

1970

.

(Mille mercis à Richard de Polar, noir et blanc pour cette très belle lecture)

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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14 commentaires pour Kamouraska d’Anne Hébert

  1. Martin dit :

    Salut,
    Je vais ajouter ce livre à ma liste !
    J’avais lu des poèmes d’Anne Hébert et c’était magnifique.
    On ne lit plus beaucoup de poésie, c’est dommage.
    (tiens le site/blog d’une jeune poète génial : http://etc-iste.blogspot.com/)
    bises

  2. Gwenaëlle dit :

    Ah Richard est derrière tout ça! Ça ne m’étonne pas! 😉 En tout cas, tu parles très bien de ce livre et le moins qu’on puisse dire, c’est que tu donnes très envie de le lire!

    • constance93 dit :

      oui, je lui dois un grand merci ! il y a encore un cadeau de lui dans ma PAL et j’ai honte de ne pas pouvoir le lire au plus vite (autres lectures plus urgentes).
      merci pour le compliment 🙂

  3. Richard dit :

    Anne Hébert est une des plus grandes écrivaines du Québec. Elle mérite grandement d’être lue, partout dans le monde.
    Je savais, Constance, que tu pouvais apprécier ce genre de romans, pas à la portée de tout le monde.
    Te faire découvrir cette romancière fut un grand plaisir !
    Bonne lecture et merci d’avoir écrit cette chronique.
    Amitiés sincères

    • constance93 dit :

      merci Richard, pour tout. 🙂
      je suis maintenant de ton avis à propos d’Anne Hébert. un ami me conseille ses poèmes, et peut-être vais-je en effet m’y pencher, pour te faire plaisir, pour faire plaisir à l’ami en question mais surtout pour me faire plaisir 😉

  4. Yspaddaden dit :

    Eh bien, ça c’est une trouvaille, jamais entendu parler d’Anne Hébert (et Richard qui écrit que c’est une des plus grandes écrivaines du Québec, misère, jusqu’où va mon ignorance !).

  5. Karine:) dit :

    Tout à fait d’accord avec Richard, Anne Hébert, c’est l’une de nos grandes. J’ai découvert Kamouraska à l’école et tu me donnes une furieuse envie de le relire. Je ne sais pas si tu connais Les fous de Bassan, de la même auteure mais j’ai pour ma part adoré également.

    • constance93 dit :

      j’aime bien donner envie de (re)lire aux gens et les témoignages intéressants que ceux-ci apportent 😉

      par exemple, le fait que tu me dises que Kamouraska est étudié à l’école au Québec me fait très plaisir parce qu’après une simple lecture de Kamouraska, je pense qu’elle le mérite (et qu’elle devrait être plus connue dans le paysage francophone) 🙂

      un ami m’a conseillé ses poèmes, je vais peut-être me pencher d’abord sur eux mais je retiens ton conseil, merci.

  6. Tu en as une fais une très belle chronique, très constructive. Par ailleurs, tu m’as donné envie de le lire 🙂 !

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