La mort, j’adore, saison 3 : arrêtez le massacre ! d’Alexis Brocas

La mort, j’adore est une saga jeunesse publiée aux éditions Sarbacane dans la collection Exprim’, qui publie des ouvrages spécifiquement pour ma tranche d’âge : 15-25 ans. Si j’ai bien compris, la ligne éditoriale consiste à publier des livres déroutants, novateurs, actuels.

C’est ce que constitue La mort, j’adore. La saga fantastique détonne face aux autres sagas que l’on peut rencontrer dans le rayon fantastique jeunesse. Oui, vous savez, ces histoires de gentils vampires qui tombent amoureux des humains et ce genre de choses.  Non, La mort, j’adore raconte les aventures de Clémence, une démone des enfers qui débarque sur terre dans un corps qui ne lui plaît pas vraiment : trop gros, trop plein de boutons, etc. L’adolescente, quand elle aura découvert sa nature et ses pouvoirs, va se montrer d’une cruauté incroyable. Nous sommes loin là encore des romans adolescents avec une morale bien pensante que l’auteur essaye de passer à travers une fiction très fleur bleue.

Nous sommes aujourd’hui rendus à la « saison » 3 de ce livre. L’appellation est déjà intéressante : elle montre que le livre veut se situer dans la culture jeune, dans laquelle les séries télévisées, découpées en saisons, occupent une place de choix.

Au niveau de l’intrigue, disons qu’elle s’inscrit dans la continuité des livres précédents mais qu’elle peut se comprendre sans que l’on ait lu les deux autres tomes (je n’ai d’ailleurs pas lu le 2). Clémence poursuit en effet ses aventures, après avoir découvert sa double nature d’ange et de démone et reçu en conséquence les deux formations. Sa nature immortelle lui fait prendre la vie sur Terre comme une belle partie de plaisir, entre des cours en Californie, des transplanages de l’appart’ de son petit-ami au sien, en passant par la fac de sa meilleure amie sur la côte est américaine, et des cours de démone pour apprendre à voyager dans le temps.

Comme d’habitude, elle se retrouve malgré elle intégrée dans un complot qui semble pour cette fois être sorti de l’esprit de deux puissances malsaines : un suppôt des enfers et une ange du paradis (accessoirement mère de Clémence). Réunis ensemble, l’avenir de Clémence semble bien incertain, surtout quand on lui montre le futur de la planète à peine 400 ans plus tard : un monde dévasté par les guerres ou la bio-technique. Dans sa position neutre, elle est manipulée pour être conduite  agir, tout simplement en sauvant le monde auquel elle appartient, constitué à ses yeux d’une nature et de l’humanité. Elle qui avait choisi de ne pas prendre parti dans le conflit enfers/paradis, elle finit par agir pour les hommes, avec l’appui des enfers et du paradis.

Comme dans le premier tome, sa petite vie humaine se superpose à des moments fantastiques qui finissent par occuper tout le livre vers la fin. Ainsi, on assiste aux cours de philosophie de la meilleure amie de Clémence (ainsi qu’à ses discours sur Nietzche, Hegel ou Platon) juste avant d’assister à un démembrement, ou alors la narratrice nous parle de sa vie étudiante avant de nous raconter sa leçon de voyage dans le temps, etc. L’aventure dans laquelle elle va choisir de se lancer tout de même un peu malgré elle va multiplier le fantastique, laissant la vie humaine prendre du recul et perdre de l’importance. Comme pour le tome 1, il y a des scènes un petit peu « trash », qui ne manqueront pas de séduire des garçons adolescents (entre autres : les filles ont le droit d’apprécier aussi, la preuve en moi-même).

Un autre élément que j’ai bien aimé dans ce tome 3 est le maintien d’une culture française, alors même que nous évoluons dans un cadre américain. Certains livres « Young Adult » écrits en France se passe tout de même dans le cadre américain, avec des personnages américains et avec des références à la culture américaine. Ici, c’est encore la culture française qui sert de référence, avec des personnages français qui évoluent dans le cadre intéressant des Etats-Unis. On se retrouve moins perdu, et nous comprenons mieux les références culturelles, comme par exemple les nombreuses aux philosophes européens. Bien sûr, nous ne sommes pas obligés de toutes les saisir et les comprendre, mais rien que rendre ce jeu possible est un point positif pour l’ouvrage.

C’est le style qui m’a finalement gêné dans ce tome 3. Il est pourtant semblable à celui du tome 1, mais il m’a lassé. Dans son originalité, sa déstructuration, son changement de genres permanents, son changement de style qui s’ajoute, je n’ai rien à dire, ou presque. C’est vrai que cela instaure un dynamisme dans la lecture, et que l’on peut se laisser emporter dans le livre et ses différents temps. Par contre, ce sont ces retours au présent incessants qui m’ont énervé. Oui, je sais, le moment d’élocution est important, encore plus ici parce qu’il se trouve pile à la fin de l’histoire, mais c’est ce qui est dit, et la manière dont s’est dit à ce moment là, qui me gêne : imaginez un narrateur qui répète sans arrêt ne pas savoir écrire, et qui en plus s’échine à vous expliquer ce qu’elle va faire et pourquoi elle va le faire. Ça énerve, n’est-ce-pas ? Et vous avez vite envie de conclure que l’auteur choisit une voie de facilité en faisant dire à son narrateur qu’il ne sait pas écrire, n’est-ce-pas ? Quand elle interpelle directement l’auteur et l’éditeur, c’est encore pire : on voit apparaître des étoiles partout, la dynamique se casse… Si l’auteur a l’air de s’être amusé à s’auto-interpellé ou à interpellé son éditeur, le lecteur peut trouver ça vraiment très moyennement drôle.

En fait, ce livre me laisse un sentiment mitigé. D’un côté, j’ai bien aimé le langage familier et le dynamisme du récit, ainsi que l’effort qui est fait pour entretenir une part de mystère (notamment avec cette alternance entre le moment présent qui semble placer notre narratrice dans une galère profonde et le moment passé duquel on cherche à deviner ce qui à pu la mettre dans sa galère future), mais cet incessant bavardage pour justifier les choix d’écriture m’a lassé.

Cependant, je pense que la collection Exprim’, et plus spécialement La mort, j’adore, est quelque chose à lire et à juger par soi-même. Ce que je sais, c’est que La mort, j’adore (1) a plu à des amis qui n’aiment habituellement pas lire, alors la collection atteint  déjà un de ses buts, but que j’apprécie assez pour ma part. Alors, si le coeur vous en dit, testez !

La mort, j’adore

saison 3

d’Alexis Brocas

éditions Sarbacane

collection Exprim’

5 Janvier 2011

.

Merci aux pour ce livre

 

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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4 commentaires pour La mort, j’adore, saison 3 : arrêtez le massacre ! d’Alexis Brocas

  1. Sébastien dit :

    Effectivement, c’est assez déroutant et novateur ce qui se fait chez Exprim’ Sarbacane. J’en ai lu deux, un Antoine Dole dont l’article a eu autant de succès que le tien (0 commentaires…) que j’ai moyennement aimé et trouvé un peu dérangeant pour des ados (même si une discussion constructive s’en est suivie avec les éditeurs) et Kaoutar Harchi, Zone Cinglée, assez bon ! bien qu’un peu trop court et dont l’intrigue est maigre, faute d’être assez utilisée. Je n’ai pas publié d’article pour le second, mais pour Antoine Dole, il est là : http://culturez-vous.over-blog.com/article-antoine-dole-laisse-bruler-roman-190-pages-sarbacane-mars-2010-15-62928234.html

    • constance93 dit :

      ouep, mais le côté dérangeant attire des jeunes qui ne sont habituellement pas intéressé par la lecture. je ne pense pas qu’il faille empêcher les ados de lire ça s’ils en ont envie. à leur âge (et au mien :P), on est capable de choisir nos lectures, de tester et de s’en remettre si des propos nous paraissent choquant.
      j’imagine que l’intrigue peu développée pour un livre court est également un ingrédient pour attirer les jeunes non-lecteurs, ou petits lecteurs.

      bref, je n’ai rien contre cette collection, mais je pense qu’elle n’est pas pour moi.

  2. Radicale dit :

    Malgré ton avis mitigé, ça me donne envie de lire le premier… Je me le note !

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