Les Petits de Frédérique Clémençon

Tiens, son blog est toujours actif, à elle ? Oui, bon ça va, je ne suis pas venue depuis deux semaines. Et puis, vous aussi, vous avez décampé, nah !
Bon, allez, retour en force pour ma part : je lis énormément ces temps-ci, et j’ai bien envie d’écrire des chroniques. Alors il va en pleuvoir, et je vous attend au tournant (dans les commentaires, comme toujours).
Du coup, aujourd’hui, c’est un recueil de nouvelles paru aux éditions de l’Olivier en janvier dernier dont je vous parle. Rarissimes, les recueils, par ici, n’est-ce-pas ? Et bien, disons que c’est une
nouveauté qui débarque, et qui je pense va s’installer parce que je prend goût aux nouvelles. Et je suis
prête à recevoir vos conseils de lecture.
Mais place à la chronique du jour…


Lutte inégale entre petits et grands

Un père qui est séparé de ses filles à cause de sa basse extraction, une enfant que la mère empêche de rêver, une autre qui se fait étouffer par les rêves que sa mère projette sur elle, un adolescent qui subit la violence d’autres, une enseignante jugée par son mari et ses amis parce qu’elle a choisi d’étudier en collège plutôt qu’à l’université, un adolescent abandonné par son père, un enfant jaloux de tous les autres, une mère dévorée par ses enfants envahissants…

Tous subissent la pression des « grands » : les parents, ceux en haut de l’échelle sociale, ou du moins un échelon au-dessus, ceux que la famille place avant tout… Malgré leur volonté et le courage qu’ils ont de se battre, la lutte est inégale, et c’est dans une belle dénonciation sans pathos que nous emporte Frédérique Clémençon.

La douleur des « petits » est là cependant. Sourde, latente, prête à devenir folie, comme cela arrive parfois. Un moment où on se réveille et où on décide de lutter (la violence est parfois insoutenable), mais pas toujours de la meilleure des manières. La fuite ou la violence. Le rejet ou l’oubli. Pour certains, car d’autres abandonnent, et d’autres encore s’émancipent ou luttent au quotidien.

Contre qui ? Qui est à l’origine de cet abaissement ? Des proches, la plupart du temps. La famille, les amis, les connaissances de quartier. Les parents écrasent leur enfant sous leurs rêves cachés, regrettent leur naissance désirée ou non, les abandonnent. Une mère fait ressentir à sa fille l’éducation mauvaise que celle-ci donne à ses enfants (Les Petits). Les amis jugent les choix et la condition « sociale » inférieure d’une enseignante en collège quand eux ont fait Normal Sup et ont des postes à l’Université.

A travers des enfants, et parfois des adultes, c’est une face cachée de la société que nous révèle Frédérique Clémençon. Les enfants sont des éponges de la société, et, tout comme leurs parents, ils sont capables du meilleur comme du pire. C’est une violence invisible que certains émettent et que d’autres reçoivent.

Cette violence d’origine familiale ou sociale se retrouve dans l’écriture. Celle-ci arrive à exprimer la menace que le monde fait peser sur les personnages, enfants et adultes à travers une langue tranchante qui taillent les sujets intimes, privés. C’est une révélation, et pas des plus faciles.

Ces huit nouvelles, en se réunissant autour du thème de l’oppression familiale et sociale (la famille se faisant reflet de la société) et de l’écriture de Frédérique Clémençon, forment finalement un tout en lutte contre la violence de la société sur ses pairs . Un ensemble : complexe, dur, brutal, indispensable.

Les Petits

de Frédérique Clémençon

ed de L’Olivier

6 Janvier 2011

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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19 commentaires pour Les Petits de Frédérique Clémençon

  1. Gwenaëlle dit :

    Tu reviens en force, effectivement : ton billet m’a donné très envie de découvrir ce recueil. 🙂 A mettre en parallèle, notamment, avec ce que dit la psychanalyste Alice Miller sur la violence faite aux enfants à travers l’éducation… Bonnes lectures et bonnes vacances!

  2. amaryllis dit :

    Je ne suis pas très recueil de nouvelles habituellement. Mais tu parles bien de celui-ci, ça donne envie peut-être que ça me tentera du coup.
    Bon retour. Et bonnes lectures, car sur LA, j’ai vu que tu avais un bon stock de livres à lire.

  3. Sébastien dit :

    Ouf ! Il donne plus envie que celui de Christine Angot ! (sic)

  4. Richard dit :

    Bonjour Constance,
    J’aime beaucoup lire des nouvelles.
    Pour moi, un recueil de nouvelles, c’est un plat de bonbons avec différentes saveurs, des sucreries à l,enveloppe dure mais au coeur mou et aussi des petits caramels dont le goût sucré mérite un long séjour en bouche…
    Et ça ne fait pas engraisser !!!
    Merci !

    • constance93 dit :

      merci pour ta vision appétissante de ce genre Richard.
      Ici, les bonbons sont acides. c’est de la qualité, mais ça peut piquer avant de se rendre compte qu’on apprécie vraiment ce goût au début désagréable (car en contradiction avec la société, sans tabou et très vrai).

      • Anne dit :

        J’adore la vision d eRichard, qui ferait bien changer mon point de vue sur les nouvelles : c’est une genre dont je ne suis pas très friande ! En tout cas, ça fait plaisir de te lire à nouveau !

  5. kathel dit :

    Merci pour ce billet qui donne très envie de se plonger dans un recueil de nouvelles, par une auteure française qui ne semble pas se regarder le nombril, qui plus est ! (à rapprocher du commentaire de Sébastien !)

    • constance93 dit :

      oui, je vois 😉
      et tu as raison, l’auteure « ne se regarde pas le nombril » mais jette plutôt un regard tranchant sur le monde et la société.

  6. noann dit :

    Je viens de le commencer et je ne crois pas que je le finirai.

    Je n’aime pas le style, inutilement compliqué, inégal, chargé, démonstratif, pompeux.

    Beaucoup de mots compliqués pour finalement ne pas dire grand chose…

    • noann dit :

      Non finalement, certaines ‘nouvelles’ n’ont pas cette écriture compliquée.
      Je poursuis ma lecture, mais jusqu’à présent, déception. Clémençon n’est pas une auteure de nouvelles. trop de longueurs, de détails, de digressions.

  7. Ping : Les petits « Skriban

  8. Samuel Dock dit :

    Totalement séduis par cette critique. Je viens de le commander!

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