Histoires contre nature de Jakuta Alikavazovic

Et hop, encore un recueil !

Un premier recueil tout en folie

De Jakuta Alikavazovic, vous avez entendu parler ici du Londres-Louxor, paru en janvier 2010 et lu par moi-même au printemps de la même année, sans qu’il me convainque. Je me replonge dans l’univers de Jakuta avec son premier recueil, dans l’espoir que j’ai gagné en maturité et qu’un autre genre m’ouvrira mieux la porte de l’auteur. Résultat ?

Histoires contre nature est un recueil de nouvelles réunissant différents personnages. Les nouvelles, outre leur tonalité décalée, sont unies par un personnage extrêmement mystérieux : Violette. Elle est présente dans toutes les nouvelles et répand une ombre pesante sur tous les personnages. Pourtant, elle est là, frivole, belle, irrésistible. Son danger vient-il de l’attirance qu’elle exerce sur plusieurs hommes (Edgar, Simon, Martin et même Laurent) ? Ou autre chose, de plus profond, de plus insaisissable ? Bien que les autres personnages, protagonistes d’une nouvelle, ne manquent pas d’épaisseur, c’est Violette, présente partout, qui va instaurer une ambiance lourde et anxieuse tout au long des nouvelles.

Articulées autour de son personnage, c’est finalement une histoire non chronologique et fragmentaire que construit Jakuta Alikavazovic. Si chaque nouvelle a son intrigue propre, la secondaire affiche un fil d’Ariane entre elles toutes, et celle-ci est dessinée par Violette.

Il y a de l’absurde derrière les actions de nos personnages. On ne comprend pas, du moins pas sans interpréter. Des objets prennent une place étrange. Les choses elles-même sont extravagantes. Que vient faire un sagre-lucifer dans l’affaire ? Et d’ailleurs, qu’est-ce-qu’un sagre-lucifer ? Et pourquoi le manger ? Et cette dent coupée en deux ? Pourquoi cette soudaine tentation kleptomane d’Edgar ? Les sentiments à l’égard des autres personnages, et notamment Violette, évoluent sans cesse. Pourtant, ils nous parlent beaucoup. On devine derrière eux des sentiments humains complexes, comme par exemple le refus d’accepter la mort d’un être cher, la tristesse de ne plus être aimé, l’attirance incompréhensible pour un étranger, la peur de l’adultère de la part de l’être aimé, la douleur du sentiment d’abandon…

L’écriture est quant à elle un rêve plein de rebondissements : on rencontrera des comparaisons audacieuses, des associations imprévisibles et d’une manière générale des images étourdissantes.

A la fois œuvre littéraire entre recueil de nouvelles et roman, vision des caractères humains et absurde, Jakuta Alokavazovic signe ici un recueil prometteur dévoilant un univers totalement déjanté mais nécessitant un grand talent d’écriture pour être retranscrit. C’est fou, tout simplement.

Histoires contre nature

de Jakuta Alikavazovitch

ed de l’Olivier

5 Janvier 2006

Advertisements

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
Cet article, publié dans 2 bien, bien, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Histoires contre nature de Jakuta Alikavazovic

  1. Anne dit :

    Connais-tu « Il y avait quelque chose dans le noir qu’on n’avait pas vu » de Thomas Gunzig ? Un auteur belge (dyslexique devenu libraire et écrivain) à l’humour noir et complètement décalé ? Dans ce recueil (publié en poche chez J’ai lu) l’héroïne récurrente (et malheuruese pas seulement à cause de son nom) s’appelle Minitrip…

    • constance93 dit :

      non, je ne connais mais je vais me renseigner. il y a un billet sur ton blog ?

      • Anne dit :

        Oh non, j’ai lu ça il y a… un certain temps. Comme je te le disais, je ne suis pas fan de nouvelles, mais j’avais bien aimé ces textes. Je lirai aussi cette année les nouvelles de Laurie Colwin, « Intimités », pour un challenge (et même deux).

        • constance93 dit :

          peut-être que tu as aimé ces nouvelles parce qu’elles étaient liées entre elles par un personnage et que du coup on pouvait deviné une trame romanesque derrière l’aspect fragmentaire (mais que si on en a envie : c’est une des choses que j’aime bien avec ce recueil, j’ai l’impression qu’il nous laisse une liberté d’interprétation) ?

  2. Martin dit :

    excellent livre, et il faut lire le londres-louxor

    • constance93 dit :

      je crois que je vais le relire un de ces jours : avec ce recueil, j’ai une autre approche de l’univers de l’écrivain, et je crois que je pourrais avoir une autre approche, beaucoup plus positive, du Londres-Louxor.

  3. Richard dit :

    Oh mais c’est très tentant cette chronique !!
    Merci chère amie !

    • constance93 dit :

      c’est une auteure en pleine évolution. à mon avis, ces prochaines parutions sont à suivre également.

      dans tous cas, je suis contente d’avoir re-testé cet auteur : si je ne suis pas encore totalement sous le charme, j’ai envie de retrouver son univers et de voir son évolution.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s