La Secrète Mélancolie des marionnettes de Denis Grozdanovitch

Discussions philosophiques en Toscane

La Secrète Mélancolie des marionnettes, dernier roman de Denis Grozdanovitch, nous emporte en Toscane auprès d’un écrivain français en résidence chez des aristocrates italiens près de Florence. Récit peuplé de rencontres et de retrouvailles, nous sommes emportés dans des réflexions philosophiques dont le narrateur, bavard invétéré, est un des principaux acteurs. Avec lui, nous allons découvrir de nouvelles visions du monde, souvent mises en relation avec les thèses de grands philosophes.

Mondaine éclairée, sportif sans envergure, prêtre sans foi, marionnettiste de haut-niveau, jeune femme préférant la gaieté à la philosophie, docteur d’un réalisme consternant, écrivain anglais à l’humour qui va avec, libraire passionné… Nous sommes très vite emportés dans la ronde de ses interlocuteurs, d’un salon mondain à une yourte en passant par les parcs et les églises italiens ; philosophie, écriture et lecture étant les thèmes les plus souvent abordés.

C’est une vraie ballade que nous offre Denis Grozdanovitch, tant d’un point de vue géographique – on part de la triste gare de Berçy pour aller à Florence, Sienne, Venise et alentours, que d’un point intellectuel – de part les points de vue multiples et tous différents des interlocuteurs du narrateur qui, de plus, fait lui aussi évoluer sa vision du monde au fil des rencontres et des conversations (comme un philosophe le ferait). Et puis chaque personnage semble de plus avoir sa voix propre, apportant sans cesse de la nouveauté au sein du texte.

Les tons, les thèmes, les contextes changent également d’une discussion à une autre pour nous apporter une grande fantaisie derrière le sérieux de ces conversations. Certains personnages, et notamment les marionnettes qui apparaissent un moment pour se donner en spectacle (Denis Grozdanovitch choisira de changer de forme à son récit, un spectacle de marionnette ne pouvant s’écrire véritablement que sous la forme du dialogue théâtral), n’hésiteront pas d’ailleurs à mettre fin à ses discussions au motif du sérieux ou de l’ennui, préférant retourner à la vie et s’amuser (ce à quoi les philosophes ne pourront que répondre que c’est sans doute l’une des plus belles philosophies de vie…).

Cette suite quasi-ininterrompue de rencontres fortuites avec des philosophes dans l’âme prend cependant assez vite un côté artificiel : les discussions se répondent entre elles et forment un véritable parcours philosophique dans l’esprit du narrateur. Mais l’auteur, loin d’ignorer cet aspect dans la composition de son intrigue, en joue en amenant par exemple le narrateur à s’interroger sur la « loi des séries » qui fait que les conversations reprennent les même thèmes à la suite. Comme Roberto le marionnettiste avec ses marionnettes, ou le monde peut-être avec les hommes, Denis Grozdanovitch joue avec son lecteur, l’amenant là où il veut nous amener. Ils tirent les fils de notre lecture, sans dénigrer pour autant les possibles défauts de son écriture (très artificielle d’un certain point de vue) qu’il met tellement en avant qu’il s’en émancipe.

Truffé d’idées et de références tant artistiques et littéraires que philosophiques, La Secrète Mélancolie des marionnettes nous apprend à travers la fantaisie de la fiction beaucoup de choses sur l’homme, le monde, nous-même. Jusqu’à se demander s’il faut ou non avoir conscience des fils qui dirigent notre vie et du marionnettiste au-dessus d’eux…

La Secrète Mélancolie des marionnettes

de Denis Grozdanovitch

ed de l’Olivier

13 janvier 2011

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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6 commentaires pour La Secrète Mélancolie des marionnettes de Denis Grozdanovitch

  1. Valérie dit :

    Tu te spécialises dans les éditions de l’Olivier^^?

  2. Valérie dit :

    Ah sympa comme stage. As-tu croisé des auteurs?

    • constance93 dit :

      très peu. mais j’ai découvert plein d’autres choses.

      je rencontre quelques auteurs au salon du livre la semaine prochaine où on m’a promis un bon accueil au stand de l’Olivier 🙂

  3. Valérie dit :

    Comme Olivier Adam? Qui d’autre?
    J’avais plutôt envie de voir Karine Reysset mais elle n’est là que le dimanche. Mais je ferai sans doute un saut sur le stand aussi. Moi aussi, je suis plongée dans cette maison d’édition assez souvent en ce moment.

    • constance93 dit :

      ils publient des choses très bien, en effet 🙂

      je vais suivre leurs nouveautés quasi aveuglément à partir de maintenant (en même temps, leur 4e de couverture sont assez bonnes en général : alléchantes, claires, concises et révélant rarement les éléments clés de l’intrigue)

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