Bohèmes de Dan Franck

Sur les traces de l’art moderne

Avec Bohèmes, Libertad !, Minuit et Jazz, l’écrivain Dan Franck se propose de nous présenter « les aventuriers de l’art moderne », ces artistes qui ont traversé et durablement marqué le XXe siècle. Ils ont révolutionné l’art, mais ce n’est pas que de cela dont nous parle Dan Franck : sa série nous raconte véritablement ces personnes, leurs relations, leurs découvertes, leur vie et leur mort.

Dans Bohèmes, il s’aventure dans un immense travail de recherche pour connaître et partager la vie de Picasso, Braque, Modigliani, Apollinaire, Breton, Pascin, Braque, Desnos, Man Ray, Diaghilev, Rodin et bien d’autres. De 1900 à 1930, ses artistes vont constituer l’avant-garde artistique et culturelle. Peintres, poètes, écrivains, sculpteurs, tous se croisent, se rencontrent, se lient d’amitié ou d’inimité.

De la butte Montmartre à Montparnasse, ses avant-gardistes vont faire émerger un art totalement nouveau, bien loin  du conformisme. Ils ne connaîtront pas tout de suite le succès, certains ne le rencontreront jamais, et leur vie dans la misère nous fait rire  tant ses « anartistes » sont de joyeux lurons (saviez-vous qu’Alfred Jarry vivait dans un appartement à la hauteur d’un demi-homme, le propriétaire ayant découpé les étages en deux pour rentabiliser son immeuble ? et qu’il est souvent arrivé aux artistes de la butte d’échanger des toiles contre un bon repas, un manuscrit contre du chauffage ?).

Le temps de la guerre 1914-1918 est bien moins joyeux : la butte Montmartre s’est vidé, les artistes ont été appelé à la guerre ou alors se sont engagés dans la légion étrangère pour pouvoir défendre leur pays d’accueil. Ceux qui ne sont pas partis s’ennuient à Montmartre et vivent de plus en plus difficilement : par temps de guerre, « les marchands avaient désertés la ville » et « l’argent que certains recevaient ne passait plus les frontières ». Dan Franck ajoute « [qu’il] fallait patienter de longues heures pour obtenir quelques boulettes de charbon qui permettaient d’avoir chaud le temps d’un regret ». Les temps sont durs, et la troupe du Bateau-Lavoir passe peu à peu du côté de Montparnasse, où l’accueil des hommes de lettres et des artistes étrangers est bon.

L’aventure de l’art moderne continue à évoluer avec l’arrivée de dada, puis celle de Cocteau qui vient chambouler les relations entre Picasso et ses amis poètes Apollinaire et Max Jacob, le passage de nombreux écrivains anglophones (Joyce, Hemingway, Fitzgerald…), les mécènes qui vont et viennent, les marchands qui s’enrichissent face à la reconnaissance  montante du génie contenu dans les toiles exposées en galerie, les histoires d’amour de tous ces artistes aux multiples muses, les nouveaux mouvements comme l’Ecole de Paris ou le surréalisme qui prennent le pas sur le cubisme et dada… Nous plongeons dans ses chroniques qui nous racontent l’art moderne avec délice, apprenant des anecdotes à chaque page. Ce n’est pas une analyse des avant-gardes dans les trente premières années du XXe siècle que nous offre Dan Franck, mais bien le récit de ses artistes qui ont révolutionné l’art. On apprend plus sur leur vie que sur leur art, même si les citations en début de chapitre et les arrêts sur des oeuvres marquantes (quelques poèmes de Max Jacob et Apollinaire, l’histoire des Demoiselles d’Avignon de Picasso, les fameux procès surréalistes de Breton…).

Un siècle après ses évènements, nous avons l’impression  de plonger dans ce monde artistique où les personnes qui marqueraient l’histoire de l’art vivaient joyeusement dans la misère ou dans la richesse. Les rencontres, les séparations, les fêtes, les cafés dans lesquels on se retrouvait, la vision des artistes sur leurs congénères : nous pénétrons dans un autre monde, « un bal de plume et de couleurs » parfois teinté des sombres atours de la misère et de la guerre.

A conseiller et à offrir aux passionnés d’art qui veulent découvrir la vie des artistes connus au début du XXe siècle, en découvrir des inconnus, s’intéresser aux relations entre l’Histoire et les avant-gardistes et plonger en arrière pour observer des vies de bohèmes au sein d’une communauté artistique qui n’a pas cessé de se faire et de se défaire. Une vision complète de Paris à son apogée en tant que capitale artistique mondiale.

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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4 commentaires pour Bohèmes de Dan Franck

  1. Gwenaelle dit :

    Ça semble très intéressant… Bohèmes et Jazz sont ceux qui me tentent le plus. Aujourd’hui, on a l’impression que les artistes, du moins le plus grand nombre, vivent dans leur bulle. Ils paraissent beaucoup moins accessibles qu’à l’époque.

    • constance93 dit :

      ce n’est peut-être qu’une impression. et puis je ne sais pas si la bande de Montmartre était très accessible : ils ressemblent à une communauté assez fermée sur elle-même, qui accueillait les autres artistes avec plaisir, mais les amateurs d’art, je ne sais pas trop… mais j’ai l’impression que les artistes contemporains connaissent beaucoup moins cet esprit de groupe aujourd’hui, par contre.

  2. Yv dit :

    A l’époque surtout, ils n’étaient pas encore très connus. Picasso, 20 ans plus tard était peut-être moins accessible. Très beaux ouvrages que j’ai lu avec énormément de plaisir

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