Mon week-end aux Etonnants Voyageurs – 11 et 12 Juin 2011

L’année dernière j’y étais déjà. Le rendez-vous de cette année était presque une nécessité, même quelques jours avant de passer un certain examen en trois lettres que je passe en ce moment (pas de question là-dessus s’il-vous-plaît, ce billet est mon refuge pour en sortir quelques heures). Réduit, le rendez-vous, parce que tout de même, faut pas se moquer du monde, il y avait l’Examen.

Deux jours de festival, le samedi sous un soleil et un vent agréable, le dimanche sous une pluie battante. Les deux jours se valaient, ce n’est pas la température qui fait l’intensité du festival. D’ailleurs, il y avait plus de monde le dimanche malgré le temps affreux que le samedi, finalement assez tranquille.

Alors, quid de cette expédition dans ce laboratoire de la littérature-monde (qui ne semble exister véritablement qu’à ce moment-là à cet endroit-là) qui s’aventurait cette année sur le thème de la ville ? Pas grand chose et énormément, je dirais. Pas grand chose, parce qu’il a fallu faire des choix, sans cesse, entre le millier de conférences qui s’organisaient et qui avaient l’air passionnant, et qui réunissaient des intervenants de qualité, connus ou inconnus. Beaucoup, parce que je suis revenue de ce festival « défoncée à la littérature », avec quelques livres en plus dans ma besace et des souvenirs que je garderai longtemps.

Mon programme se divise assez clairement en fait : deux conférences le samedi, du vagabondage et le salon du livre le dimanche.

La première avait lieu au Café Littéraire, la salle de conférence la plus fréquentée du festival il me semble. Elle s’intitulait « la ville est un roman » et réunissait le grec Dimitri Stefanakis (que je ne connais pas mais qui a publié Jours d’Alexandrie), l’égyptien Khaled Al Khamissi (dont j’ai commencé Taxi) et un écrivain haïtien du nom de Marvin Victor (Corps Mêlés). Ce qui a intéressé Dimitri Stefanakis dans la ville d’Alexandrie, c’est le caractère cosmopolite unique qui y réside. La « plateforme cosmopolite » a provoqué en lui une « apocalypse d’inspiration » (belle expression au passage). Il a pu inséré dans cette ville des personnages aux multiples nationalités : un libanais, un égyptien, une française et leurs familles respectives. Pour lui d’ailleurs, il existe un lien viscéral entre le romancier et la ville, puisque celle-ci est le lieu par excellence des personnages multiples. La ville du Caire a quant à elle permis à Khaled Al Khamissi de réunir et d’inventer un « kaléidoscope de vies », celles de chauffeur de taxis qui ne peuvent s’empêcher de confier leurs soucis au narrateur, un intellectuel. Taxi est ainsi un roman  constitué d’une suite de conversations et met de cette manière la « parole urbaine » en avant. C’est la ville elle-même qui a inspiré Khaled Al Khamissi car il senti en 2005 une « vibration différente », comme le commencement d’une révolte. S’il a écrit ce roman, Khaled Al Khamissi avoue que c’est pour parler des 58% de la population égyptienne qui vivent sous le seuil de pauvreté. La ville est ainsi inspiratrice, théâtre, témoin et motivation à écrire un récit (si je résume). Pour Marvin Victor, ce que je retiens de son intervention est la différence qu’il fait entre littérature et peinture, lui qui pratique les deux arts. Pour lui, l’écriture est une « parole qui coule » sur laquelle on peut poser une histoire et un personnage, tandis que la peinture est une « parole fixe ».Vous n’y étiez pas, mais vous pourrez retrouver cette conférence et saisir tout ce que j’ai loupé bientôt sur le site d’Etonnants Voyageurs : tous les cafés littéraires y sont ou seront publiés à cette page.

Une autre conférence à laquelle j’ai assisté dans la foulée est celle sur la ville-monde qui était organisée à la maison du Québec intra-muros. Déjà, c’était un choix difficile, il y avait en ce milieu d’après-midi plusieurs conférences qui me paraissaient intéressantes mais celle-ci réunissait deux auteurs que j’aime bien et que j’avais envie d’écouter, Dany Lafferière et Maylis de Kerangal. Le débat à dériver sur bien d’autres sujets mais j’ai bien aimé l’applont de Maylis de Kerangalà défendre son point de vue, notamment au niveau des géographies intérieures. Dany Lafferière aurait voulu qu’elles soient aboli (alors qu’il se revendique comme auteur haïtien, je n’ai pas trop compris), mais Maylis de Kerangal a défendu un point de vue de lectrice. C’était personnel, bien affuté et en même temps très doux, et elle avait plein de choses à dire sur sa ville imaginée de Coca (dans Naissance d’un Pont, son dernier roman), ville cosmopolite située aux Etats-Unis (pourquoi ce choix de localisation, pourquoi une vile-monde, la symbolique du pont…). Dany Lafferrière, que j’avais déjà aimé écouter l’année dernière, m’a encore une fois convaincu. Il est drôle, manipulateur et dit des choses intéressantes. C’est un aussi bon orateur qu’écrivain, voire peut-être meilleur orateur (non, j’ai beaucoup aimé son Enigme du Retour, et un écrivain est fait pour être lu, pas écouté). Un autre écrivain haïtien et montréalais, Stanley Pean, a évoqué l’une des richesses de la littérature, celle de montrer une réalité imperceptible et plus complexe que quand on regarde les médias. L’écrivain s’aventure plus loin que l’image partielle, mise hors contexte et interprétée donnée  journal télévisé. En rapport avec la ville-monde, il a parlé avec Dany Lafferière du cosmopolitisme de Montréal, ce qui me donne encore plus envie d’y aller faire un tour (un jour, sûrement). Je n’ai pas pris beaucoup de notes sur cette conférence, mais j’ai apprécié l’écouter.

Pour le samedi, c’est tout, avec un dernier tour au salon du livre et l’interview dont je ne vous parle pas plus, surprise à la rentrée (si vous devinez avant, je peux vous faire passer mon exemplaire d’épreuves, mais il faut que ce soit des personnes en qui j’ai une totale confiance, parce que maintenant qu’il est dédicacé, j’ai vraiment peur de le perdre en cours de route). Le dimanche, j’ai commencé ma journée en allant à la remise du prix ouest-france étonnants voyageurs (très bizarre, de me retrouver de l’autre côté du miroir), remis à Yahia Belaskri pour Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut. Je n’ai pas lu mais je me le suis acheté et je suis allée à la rencontre avec le lauréat en soirée, pour découvrir un écho à ma conférence de la veille : lui aussi s’est aventuré avec la littérature là où personne n’ose trop aller pour l’instant (la guerre civile qui a déchirée l’Algérie dans les années 1990). Son roman a l’air très bien écrit, empli d’une poésie poignante et très beau dans la douleur qu’il semble porter. Je vous en redirai des nouvelles. Autrement, en rapport avec ce prix, j’ai interviewé une des jurés. C’était assez drôle de lui poser des questions auxquelles j’avais répondu l’année dernière. Elle semblait dans tous cas vivre cette expérience au maximum et l’apprécier.

Mon après-midi s’est passé à me balader au salon du livre, puisque j’ai raté une conférence qui m’intéressait à cause d’une salle comble : « Alexandrie, Istanbul, Constantinople… villes carrefour de civilisations » avec Mathias Enard et d’autres mais c’est Mathias Enard qui m’intéressait avant tout. Et du fait de son emploi du temps blindé (quand il n’était pas en conférence, il était en dédicace au stand d’Actes Sud), je n’ai pas non plus eu l’interview de lui dont je rêvais . Bon, j’en ai eu une autre merveilleuse dans le week-end (celle dont je ne vous parle pas plus), mais tout de même. C’est ma seule déception du week-end en fait.

Autrement, j’ai croisé Fabienne Juhel, Sorj Chalandon, l’auteur-dont-je-ne-parle-pas-parce-que-je-l’ai-interviewé-et-que-ça-sera-la-surprise-de-la-rentrée, un auteur dont le livre était dans la dernière sélection du prix ouest france et m’intéressait et était très sympathique (Bertrand Guillot, il a un blog qui s’appelle Second Flore), Martin Page en 4e vitesse mais c’est toujours un plaisir, Mathias Enard entre deux personnes qui achetaient ses livres, et Brando Skyhorse (son premier roman Les Madones d’Echo Park est publié à L’Olivier et a l’air fabuleux) qui m’a paru bien sympathique mais avec qui je n’ai pas pu échanger beaucoup du fait de mon anglais médiocre et de sa nationalité américaine, mais parfois un sourire et l’attitude qu’il a avec des personnes qui parlent bien l’anglais suffisent. Un truc que j’ai trouvé drôle ? Dans sa dédicace, il me remercie d’avoir acheté son livre (enfin, sauf si « thank you for buying my book » peut signifier autre chose). Je n’avais encore jamais vu un auteur dédicacé un livre comme ça.

Je vous laisse sur mes acquisitions du week-end :

– l’intégrale du Chat du Rabbin de Joann Sfar que je lis en ce moment et que j’apprécie beaucoup. un contrepied efficace aux exams

Taxi de Khaled Al Khamissi, commencé pendant le week-end mais abandonné dès mon retour pour me concentrer sur les révisions.  C’est un cadeau de Mr U, qui a déjà rendu ce week-end possible, et je le remercie pour ces deux choses. Je suis sûre que ça va me plaire : le début est prometteur.

b.a-ba, la vie sans savoir lire de Bertrand Guillot. pour plus tard, quand je serai sûre que je sais lire grâce à l’obtention de ce bout de papier pour lequel je me bat en ce moment, j’imagine (oui, bon, ok, c’est pourri, mais dix heures d’épreuves en deux jours, ça vous grille des neurones)

Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut de Yahier Belaskri, prix Ouest France/Etonnants Voyageurs 2011

Les Madones d’Echo Park de Brando Skyhorse

Ne me faites pas remarqué que ce ne sont que des parutions récentes et donc des grands formats, mon porte-monnaie a remarqué merci.

Cette édition 2011 du festival, ça a été pour moi plein de rencontres, plein d’échanges, plein de découvertes et plein de retrouvailles : un petit moment de bonheur. Merci encore à ceux ont rendu tout ça possible (Mr U pas du tout visé). Quoi d’autre ? J’y retourne l’année prochaine bien sûr !

« Et tout le reste est littérature », comme dirait l’autre.

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
Cet article a été publié dans quelques aventures livresques (rencontres, festivals, prix...). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

16 commentaires pour Mon week-end aux Etonnants Voyageurs – 11 et 12 Juin 2011

  1. Je ne connaissais pas ce rendez-vous littéraire. L’année prochaine, pourquoi pas? (C’est pour moi aussi une période où je reste aussi assis très longtemps devant mes copies… à corriger!)

    • constance93 dit :

      un week-end comme ça au milieu d’elles est justement ce dont tu as besoin alors🙂
      dans tous cas, si tu t’y rends un jour, pense à me le dire : tel que c’est parti, j’y serai tous les ans, et nous pourrions nous rencontrer à cette occasion…

  2. Anne dit :

    C’est vrai que c’est très tentant comme idée de week-end… et Saint-Malo n’est pas si loin que ça pour moi après tout !

    • constance93 dit :

      tu n’habites pas en Belgique ?O_o
      dans tous cas, ça serait un plaisir de t’y rencontrer une année si jamais tu fais la route (en train, ça doit être assez rapide maintenant je crois)🙂

  3. emmyne dit :

    Très chouette compte-rendu ! L’intégrale du Chat du Rabbin, je crains de ne pas y résister longtemps non plus. j’aurai aussi aimé rencontrer Mathias Enard, son  » Parle leur …  » est un véritable coup de coeur pour moi aussi. Quoiqu’il en soit, je serai à Saint-Malo l’année prochaine. Enfin.
    Je vois que tu vas nous préparer un billet sur  » Parlez-moi d’amour  » de Carver après ton premier excellent billet sur Débutants, je l’attends avec impatience et plaisir, je me perds aussi en ce moment dans son oeuvre mais je n’ai pas eu le courage d’écrire…

    • constance93 dit :

      oui, enfin, je ne suis pas mal occupée par autre chose, mais c’est une de mes prochaines lectures.
      il faudra que l’on se rencontre aux étonnants voyageurs si tu y es l’année prochaine🙂
      « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », « zone », « l’alcool et la nostalgie », « bréviaire des artificiers » : j’aime tout ce que j’ai lu de Mathias Enard !

  4. Valérie dit :

    J’ai beaucoup aimé les Madones d’echo Park.

  5. secondflore dit :

    Voyage du retour en train avec Brando S., je pourrai faire ton traducteur la prochaine fois si tu veux ; ))

  6. Fransoaz dit :

    Cet incroyable rendez-vous me fait de l’œil depuis plusieurs années; c’est sûr un jour j’y serais.
    Je me suis inscrite en LV pour le b.ab.a et j’ai bien l’intention de chercher la pluie moi aussi.
    Merci de nous avoir fait partager ton we de ouf!

    • constance93 dit :

      viens l’année prochaine dans ce cas, ça sera un week-end de ouf pour toi aussi😀 surtout que vu l’orthographe de ton nom et le nom de ton blog, tu es de la région😉
      on attend donc nos avis respectifs sur ces deux livres ?
      PS : que signifie « LV » ?

      • Fransoaz dit :

        Il faut juste que je trouve La personne aussi timbrée que moi qui accepterait de courir les travées indéfiniment pendant un we entier. Un peu plus de deux heures de route ce n’est rien quand on aime!
        « LV » c’est pour livre voyageur, un de ces merveilleux concepts développés par les blogs.

        • constance93 dit :

          livre voyageur, je connais, mais je n’ai pas tilté l’abréviation ^^ merci🙂
          quant à courir les travées, nous ne sommes pas obliger de courir les travées ensemble pendant trois jours, mais te rencontrer, partager un repas, un après-midi et/ou une ou deux conférences si ça te dit, je suis là. et il y a chaque année d’autres blogueurs à rencontrer (bon, cette année j’ai un peu raté les rendez-vous prises dans la folie du festival, mais les prochaines années je vais essayer de mieux m’organiser)
          j’ai à peu près 2h de route pour y aller aussi, et je peux t’assurer qu’elles passent vite quand tu sais vers quoi tu vas et quand tu reviens avec plein d’images et de souvenirs en tête et un énorme sourire aux lèvres. quand tu es en bonne compagnie, c’est plutôt cool aussi🙂

  7. Valérie:) dit :

    Très beau week-end visiblement, merci pour ce billet. Passage éclair pour moi le dimanche, j’ai été très raisonnable…uniquement trois livres !
    Dommage pour la pluie diluvienne du dimanche😦

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