Rencontre : Carole Martinez et Véronique Ovaldé à Rennes

Le 21 Septembre, Véronique Ovaldé invitait Carole Martinez aux Champs Libres à Rennes. Dès que j’ai entendu parler de cette rencontre, je ne pouvais plus me permettre de la rater : revoir Carole Martinez et l’entendre parler de son Domaine des Murmures (chroniqué ici) une nouvelle fois s’annonçait déjà comme un plaisir indéniable, mais surtout, rencontrer Véronique Ovaldé et l’entendre parler de ses Vies d’oiseaux, son 7e roman mais aussi un de mes coups de coeur de cette rentrée littéraire, était plus que tentant, sachant que j’avais déjà apprécié deux autres de ces romans et qu’elle était l’éditrice du Club des Incorrigibles Optimistes de J-M Guenassia (si vous vous en souvenez bien, c’est le 1e coup de coeur dont je parle sur ce blog). Rendez-vous pris donc.

Aux Champs Libres, la salle était comble pour accueillir ses deux auteurs. On y croisait des gens de tous les âges. J’ai très vite repéré une classe de lycéens installée au premier rang : vite, je fonce, je vais être avec des gens de mon âge (enfin, un peu moins, mais c’était quand même eux qui s’en approchaient le plus). A force de parler avec mes voisins, je découvre qu’ils sont des 1eL qui participent au prix Goncourt des Lycéens, et j’ai une petite vague de nostalgie en pensant à ma 1eL et à ma participation originale au prix. Je m’intéresse à ce qu’ils lisent/ont lu/ont aimé/n’ont pas croché. Sans connaître leurs noms, j’ai bien aimé leur avis bien arrêté sur leurs lectures, et la curiosité qu’ils avaient pour les autres livres de la sélection. Je leur demande s’ils ont remarqué le nombre restreint d’auteurs féminins, et ceux qu’ils en pensaient. Je n’ai pas eu leur réponse (mais si vous voulez donnez la vôtre en commentaire, je vous en prie) parce que les deux auteurs tant attendues arrivaient sur scène accompagnée d’un conférencier.

Alors, quid de cette rencontre ? Eh bien, l’échange entre deux auteurs liées par une amitié qu’elles ne cachent pas était pétillant, intéressant, joyeux, drôle, et n’a laissé que très peu de places au conférencier. Carole Martinez et Véronique Ovaldé dialoguaient entre elles et se complétaient pour parler de leur livre, ou de celui de leur voisine, de leurs ressemblances et de leurs différences, de leur rencontre, du travail d’écriture qu’elles ont chacune réalisée de leur côté tout en se soutenant dans leurs « frayeurs d’écriture »… Carole Martinez était, comme à son habitude, honnête, généreuse, humaine. Elle a totalement avoué son stress de la rentrée littéraire, l’impression que quelque part il y a un mur qu’elle va rencontrer, les trajets à répétition pour faire une conférence ou une dédicace à un bout de la France puis le lendemain à l’autre… Véronique Ovaldé, elle, présente son double stress : celui de l’auteur qui suit son roman Des Vies d’oiseaux, et celui de l’éditrice, qui suit le roman qu’elle publie, Banquises de Valentine Goby. Pour les deux auteurs, cette période est dans tous cas un mélange d’ébullition face à tous les ouvrages qui sont publiées (la curiosité de lectrice) et de stress face à la publication de leurs livres, leur survie ou leur mort et le regard que l’on porte sur eux.

Toutes les deux ont parlé un peu de leur ouvrage de la rentrée, de ce qu’il représente, de la manière dont il s’est écrit, des « cases » dans lesquelles il se case.

Ainsi, Véronique Ovaldé démenti les critiques qui parlent « d’écriture féminine » et de « littérature de fille » pour catégoriser ses romans. Pour elle, ce n’est pas parce qu’elle un auteur féminin ou que beaucoup des personnages de son dernier roman sont féminins que nous pouvons dire que c’est une littérature féminine. Elle insiste sur la scène du bison dans Des Vies d’oiseaux, scène qui est, je peux le confirmer, anti-féminine au possible, et qui tout en se situant au centre du roman a été la première écrite. Elle insiste également sur le personnage de Taïbo, qu’elle dit aimer beaucoup pour sa face cachée sensible (et c’est vrai que de simple inspecteur de police au début du roman, il devient de plus en plus sensible au fil de la lecture).

Sur la question des personnages révolutionnaires que l’on retrouverait dans le roman de Véronique Ovaldé comme de Carole Martinez, Véronique Ovaldé parle de « révolution minuscule », de « sursaut » dans la vie des personnages. Carole Martinez utilise le mot « métamorphose » pour évoquer ce qu’il se passe dans Des Vies d’oiseaux, tandis que de son personnage à elle, Esclarmonde, elle la qualifie de « rebelle », mais prévient tout de même : dans la volonté de s’affranchir de la jeune fille, la seule voie trouvée, l’enfermement, s’est retrouvée lourde de conséquence que la jeune fille de quinze ans n’imaginait pas et « ces rêves se retrouvent vite à l’étroit dans sa cellule ». Elle est ainsi, dit-elle, « enfermée par la jeune fille qu’elle a été ».

Et la volonté de liberté ? Véronique Ovaldé évoque la nécessité de s’émanciper, d’effectuer une « rupture avec quelque chose qu’on a connu » dans une sorte de « cheminement ». Le problème de la rupture, évoqué avec le passé de Vida, est qu’il y a un déracinement qui implique un besoin de réconciliation avec son passé (« Qui se souviendra d’où je viens ? » se répète Vida au début du roman), ici une fuite précipitée.

Au besoin de l’autre pour trouver sa liberté, Véronique Ovaldé préfère les termes de « nécessité de la rencontre », de même que si elle se place dans un univers imaginaire, c’est parce qu’elle préfère, comme Carole semble-t-il, la vraisemblance à la réalité.

Voilà, quelques petites choses que j’ai pu noter au cours de cette rencontre, des fragments bien minuscules par rapport à tout ce qui a été dit pendant la rencontre, et le plaisir que l’on avait à assister à cette échange entre deux auteurs  sympathiques liées par une vraie amitié. J’ai eu des dédicaces des deux auteurs, qui n’avaient hélas plus beaucoup de temps entre la rencontre qui s’est prolongée et leur train à prendre (mais elles auraient aimé en avoir plus, je crois : il a fallu presser le mouvement face au temps qui filait).

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PS pour les bretons : à l’occasion de la rentrée littéraire, les Champs Libres organisent d’autres rencontres avec des auteurs. Allez voir le programme par là : Et n’oubliez pas les rencontres programmées dans vos librairies, celles de Dialogues à Brest et du Failler à Rennes, entre autres.

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
Cet article a été publié dans quelques aventures livresques (rencontres, festivals, prix...). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour Rencontre : Carole Martinez et Véronique Ovaldé à Rennes

  1. Anne dit :

    Hier, j’ai rencontré Delphine de Vigan au Furet du Nord à Lille J’ai commencé son livre dans la file d’attente des dédicacs, et il me plaît beaucoup (au point que j’ai laissé tomber provisoirement celui que j’avais dans mon sac) Et Carole Martinez vient aussi à Lille le 20 octobre. Une grande soirée Rentrée littéraire avc Libfly, le Furet, les libraires indépendants qui veulent bien, et tout et tout. Je me réjouis d’avance, bien sûr ! (il y aura aussi Laurence Tardieu et Sorj Chalandon, yeeeees !!)

    • constance93 dit :

      oui, c’est une sacrée programmation, profite-en bien.
      le Furet du Nord organise beaucoup de choses en cette rentrée littéraire, alors que ce qui peuvent en profiter en profite : pour une fois que tout n’est pas concentré sur Paris…

  2. Valérie dit :

    Vous étiez plusieurs blogueuses ce jour-là!

  3. Géraldine dit :

    Quel excellent souvenir ! Et tant mieux si le confériencier n’a pas trop eu la parole, je le trouve un peu soporifique.
    Imagine, j’ai eu le chance de revoir Carole Martinez à Bordeaux cette semaine de boire un verre avec elle ! Quel bonheur !

    • constance93 dit :

      la chance, à Rennes les deux auteurs étaient pressé par leur temps, du coup même pas le temps de rester parler avec Carole, encore moins d’offrir un coup aux deux… une autre fois sans doute

  4. gambadou dit :

    j’ai loupé cette rencontre, nulle ! et aujourd’hui je n’ai pas pu aller à la rencontre avec Delphine de Vignan à la Fnac

  5. Ciboulette dit :

    oh comme ça devait être riche comme échange !! j’aurais aimé assister à cet interview croisé !!

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