Vingt ans pour plus tard, 4 nouvelles et un conte, collectif

Jeunesse de l’autre côté de la Méditerranée

Ce recueil, publié en Tunisie par les éditions Elyzad et reçu en partenariat, a pour objectif de nous dresser un tableau de la jeunesse tunisienne à travers la voix de cinq auteurs très différents. Français, tunisiens, cela a peu d’importance : chacun montre ce qu’il a perçu de la nouvelle génération de Tunis.

La première nouvelle, « 1 moins un », signée Théo Ananissoh, est en réalité un travail d’enquête, une sorte de prémice à ce qui aurait pu former un récit, mais ne l’est pas. Notre auteur raconte son expérience de la Tunisie à travers la résidence qu’il a fait à Tunis. Entre les ateliers d’écriture qu’il réalise, notre écrivain rencontre des jeunes citadins, perçoit des images de la jeunesse tunisienne, écoute leur opinion sur les sujets de société, virginité, sexualité, port du voile, relations aux parents…

Dans « J’ai l’habitude de courir et pleurer », Hélène Gaudy va également choisir de multiplier ces jeunes personnages, tous féminins, sur le mode de la fiction pure cette fois. Disparition, évolution, rapport aux autres, échappée sont des thèmes qui sont abordés dans cette nouvelle où le groupe d’amies ressemble parfois à un huis-clos à ciel ouvert dans la cour de l’école.

« Chbik » met quant à lui en scène un photographe français pour quelques jours à Tunis dans le cadre d’un contrat tombé du ciel et un jeune styliste tunisien qui fait irruption dans sa vie. Entre manipulation et attachement, les deux personnages vont apprendre à se connaître. Malabri, le français, va apprendre à travers Sabri à ne pas juger la culture méconnue de son voisin méditerranéen. Une belle histoire d’échanges et de soutien se met en place en quelques dizaines de pages, sans que cela frise la caricature.

La nouvelle de Claude Rizzo, « Vents du large, vent du désert », choisit le point de vue d’un adolescent qui passe l’été après l’obtention de son baccalauréat à travailler pour une misère dans un complexe hôtelier pour touristes européens sur une île tunisienne. Nous sommes plongés dans ses réflexions sur l’avenir (dont il ne veut pas entendre parler au début du récit), celles de tout adolescent normal, avec le contexte du pays qui ne l’encourage pas à faire des études (qui ne débouchent sur rien qui l’intéresse, semble-t-il). Le récit se fait initiatique, les trois mois de son été l’amenant à changer de point de vue, reconnaître la sagesse de son père, rencontrer d’autres personnes de culture et d’avis différents, et surtout choisir sa voie. Une histoire d’adolescent qui nous montre une génération en train de s’affirmer malgré ses hésitations et le tableau d’un désinvestissement (un peu contredit par les évènements du printemps dernier…).

Le dernier récit n’est pas une nouvelle mais un conte, « Vie de miettes ». De loin celle qui m’a le plus touchée, ses premières lignes nous montre une auteur qui ne se cache pas : « Ceci est une histoire de petite fille qui va commencer sans obligation de finir, qui n’aura rien à mener à bien, personne à faire grandir, aucun message de bon aloi à délivrer, une sorte de « contre conte » pour contrer les âmes mortes ». Pleine de fantaisie contre le monde ordinaire, l’histoire de cette petite fille nous emporte dans un monde magique peuplé de rêves d’enfant. Une innocence et une douceur ressorte de ce texte au personnage pourtant révolté contre les coutumes, les habitudes et la banalité installés autour de lui. Et ce n’est finalement pas notre petite fille qui ne veut pas grandir et reste étrangère aux moeurs de la société dans laquelle elle évolue qui nous paraît incompréhensible, mais le monde qui tourne autour d’elle et que, sous l’influence d’une rencontre, elle va peu à peu transformer.

L’ensemble est finalement varié… et inégal. Il a la qualité de poser plusieurs regards sensibles sur la période de l’adolescence dans le contexte de la Tunisie, mais qui touche tout aussi bien les adolescents d’ici et d’ailleurs. De beaux messages sont transmis à travers des histoires agréables à lire, parfois dures (le point de vue des adolescentes et parfois leur méchanceté dans leur soif d’être reconnue dans « J’ai l’habitude de courir et pleurer », la dureté du monde ordinaire dans « Vie de miettes »…), nous rappelant l’identité d’un pays, sa double-culture, sa richesse et ses limites. Mal-être, rêves et espoir s’entrechoquent dans ces nouvelles, souvent pour terminer par se rejoindre. Un beau recueil dont les récits séduisent plus ou moins, convainquent plus ou moins, mais qui dans tous cas osent porter un regard sur un âge difficile à percevoir et à comprendre.

Vingt ans pour plus tard
Théo Ananissoh, Halène Gaudy, Franck Secka, Claude Rizzo, Azza Filali
ed Elyzad
2009

Merci aux éditions Elyzad et à Libfly pour ce livre reçu dans le cadre de l’opération

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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4 commentaires pour Vingt ans pour plus tard, 4 nouvelles et un conte, collectif

  1. Richard dit :

    Un excellent billet ! Merci pour cette suggestion !
    Parfois, j’aime lire des nouvelles … juste pour le plaisir d’être surpris, de voir ce microcosme de style par la lunette d’une courte histoire.
    J’avoue cependant que je suis abonné à une revue qui publie des nouvelles à tendance polar et que j’ai une amie qui est une excellente nouvelliste.
    Et en plus, depuis que j’ai lu toute l’oeuvre de Marcel Aymé et de Raymond Carver, j’ai de la difficulté à trouver un recueil qui égale cette qualité.
    Merci pour ta chronique
    Amitiés

    • constance93 dit :

      j’aime beaucoup Raymond Carver aussi. C’est un univers et une plume très particuliers, très sombres. Je crois que je n’ai pas de mal à lire d’autres nouvellistes parce qu’ils ont des voix très différentes.
      ce recueil ci est assez inégal, certaines nouvelles m’ont beaucoup plus séduites que d’autres, qui m’ont parfois laissée très sceptique

  2. Gwenaëlle dit :

    Don’t talk to me about teenagers!👿
    Cette maison d’édition fait des choix intéressants mais peu relayés en France, si?

    • constance93 dit :

      c’est possible, c’est la 1e fois que je lisais une de ses publications. Celui là sonne comme une commande faite à différents auteurs, mais si c’est vraiment le cas, je trouve que ceux-ci ont globalement joué le jeu et qu’ils ont proposé des textes intéressants sinon beaux et vrais.

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