Les Impurs de Caroline Boidé

Un amour algérien

David est un ébéniste juif parti travailler à Alger. Malek une musulmane bibliothécaire qu’il rencontre dans la plus grande ville du département français. Nous sommes à la fin des années 1950, dans des temps troublés, ceux de la guerre d’Algérie.

Bien entendu, David et Malek vont s’aimer, d’un amour fou, intense, torride, et refusé par la société. Une juif et une musulmane ensemble, cela ne paraît pourtant pas si contradictoire : les deux religions se voisinent depuis des siècles sur ce territoire. Les fragments du journal de David, qu’il se met à écrire d’abord pour impressionner Malek puis par besoin, rendent compte de cette vie en commun, des échanges entre les deux religions, mais aussi et surtout des évènements qui se déroulent dans ces années-là et creusent le fossé. Nous découvrons avec désespoir que l’histoire d’amour de nos deux personnages, lumineux et presque antithétiques, arrive trop tard. Si la société algérienne était presque prête à accepter leur amour, l’Histoire les rattrape et les lois françaises en faveur de la communauté juive (nationalité française…) exacerbent les tensions.

Malek est une jeune femme ardente qui, pour être acceptée comme écrivaine, s’est fait répudiée par sa famille. Malgré les difficultés, son amour pour David lui semble aller de soi. Le poids familial et communautaire pèsent sur David, son amour pour Malek est une torture. Mais ce n’est pas le poids de la société qui brisera leur histoire, mais la mort soudaine de Malek, alors que David vient de lui demander de l’aide pour vivre leur amour. Il restera torturé par cet amour qu’il n’aura pas eu l’audace de vivre et ce mal qu’il aura fait à Malek. Le refuge dans le conformisme ne le sauvera pas de la dépression…

L’écriture des carnets jouera un rôle important. Celui que Malek écrit à David apportera un autre éclairage sur leur histoire, tandis que ceux de David rendent compte d’un monde qui part à la dérive, des évènements tragiques de cette époque en Algérie, de petits morceaux de vie algérienne, de moments partagés entre les communautés et du trouble qui s’installe entre les deux. Il n’y a pas de manichéisme dans cette histoire, David n’est pas un fourbe qui n’a pas le courage de s’opposer à la société et Malek une incandescente courageuse qui se révolte contre le monde. Ce sont des personnages qui font des choix difficiles au milieu d’une histoire qui les dépasse. Leur souffrance et leur bonheur sont là, présents sous nos yeux dans les mots de la jeune Caroline Boidé.

Son écriture sensible, à fleur de peau, très sensorielle, nous touche. Les scènes d’amour sont fortes, agrémentées d’épices et de chaleur. La simple évocation d’un plat algérien, et les allers-et-retours qu’il fait entre les familles musulmanes et les familles juives, est belle car elle prend corps dans un roman qui montre tout le paradoxe de l’Algérie à cette époque, toute la beauté en train de se perdre et la souffrance à laquelle elle fait place. Un second roman tout en émotion dans lequel nous observons l’Histoire au niveau des individus, pour approcher au plus proche de l’humain.

Les Impurs

de Caroline Boidée

ed Serge Safran

12 janvier 2012

.

Merci aux éditions Serge Safran pour cette belle découverte

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
Cet article a été publié dans 2 bien, bien. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Les Impurs de Caroline Boidé

  1. Gwenaëlle dit :

    De plus en plus de livres évoquent cette période trouble… Ce roman a l’air de mériter le détour.

    • constance93 dit :

      oui, c’est une jeune auteur d’origine franco-algérienne, très sympathique et avec une belle sensibilité. je l’ai rencontré au festival Etonnants Voyageurs, son interview paraîtra bientôt sur mon blog.

  2. Ping : Merci les filles! | Skriban

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s