Effets secondaires probables, d’Augusten Burroughs

Chroniques d’un écrivain raté

Jamais méchant, toujours critique et souvent drôle, Augusten Burroughs nous offre dans son recueil Effets secondaires probables un regard acide sur son pays, les Etats-Unis, et avant tout sur lui-même. A vrai dire, c’est son auto-analyse cinglante qui nous fait voir l’Amérique contemporaine dans tout son consumérisme, ses excès et son cloisonnement culturel.

consommation : « Nous – les Américains – ne voulons que des produits fabriqués en laboratoire, testés sur des femmes et des animaux, puis emballés dans du plastique et estampillés à l’image du dernier film de Disney »

dédommagement : « Rien n’impressionne plus les personnes – ni la gloire, ni un diplôme dans une université de l’Ivy League – qu’une grosse compensation financière à la suite d’un problème médical »

alimentation : « Alors comme ça, ces enfoirés de Crocker Farms pouvaient manger des frites et des Big Mac tous les jours ? – à la cantine scolaire – Tandis que nous avions des pizzas plates au goût sucré, encore congelées au milieu »

« mélange » culturel : « Il y a longtemps que l’Amérique n’est plus un melting pot : c’est une vaste étendue de terre remplie de petites boîtes dans lesquelles se rangent des groupes de gens, étiquetés, prêts à l’emploi »

Lui, c’est un écrivain modestement reconnu, homosexuel et accro aux pastilles Nicorette. Il aime porter des tee-shirts d’universités reconnues comme Oxford alors même qu’il n’y a jamais mis les pieds et a eu de nombreux passages à vide avec de légères tendances alcooliques. Angoissé, lunatique,  froussard, hypocondriaque, éternel indécis, irritable, bordélique, il se sait enfermé dans le schéma de l’américain type, de l’écrivain type, du raté type, etc. Sans concession, il se critique, s’observe et se raconte. Pour lui, c’est un remède au mal de vivre du XXIe siècle entre parents divorcés, isolement et dilapidation.

Une dose de dérision et beaucoup d’humour sans jamais tomber dans la méchanceté gratuite : une chouette recette contre la dépression et le mal-de-vivre. L’écriture, tout comme la lecture, est ici cathartique : le narrateur-écrivain s’y est jeté pour mettre de l’ordre dans sa vie, ranger, déballer, puis écrire ce qui lui passe par la tête, ce que le regard capture et emprisonne, transforme et relâche. Comme lui, notre regard sur nous-même et sur les autres se fait plus perçant, à la fois doux et critique, prêt à nous changer.

Si le recueil est quelque peu égocentrique et ethnocentrique, Augusten Burroughs sait nous amuser et nous faire réfléchir sur nous-même et sur le monde qui nous entoure. Effets secondaires probables est ainsi une plaisante fresque représentant la déficience d’un monde qui part à la dérive de la consommation.

Effets secondaires probables

d’Augusten Burroughs

traduit de l’anglais (USA) par Samuel Sfez

ed Héloïse d’Ormesson

paru le 23/02/2012

(Merci à Libfly et aux éditions Héloïse d’Ormesson pour ce partenariat)

 

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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2 commentaires pour Effets secondaires probables, d’Augusten Burroughs

  1. Gwenaëlle dit :

    C’est un recueil de nouvelles ou bien une sorte de journal? J’ai bien aimé les citations en tout cas!

    • constance93 dit :

      disons un recueil d’anecdotes plus ou moins imaginaires, entre les nouvelles avec un narrateur unique et le journal…
      je te laisse noter ce titre dans un coin de ta tête si les citations t’ont plu : le livre en fourmille !

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