L’assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier

Aperçu d’hôtel

 Si les premiers romans sont de moins en moins nombreux de rentrée littéraire en rentrée littéraire, ce n’est pas pour cela que leur qualité s’amoindrit. Preuve en est avec cet Assassin à la pomme verte, publié chez Serge Safran et signé Christophe Carlier. Si c’est un premier roman, l’écrivain n’en est pas à son coup d’essai : auparavant essayiste, Christophe Carlier possède une plume maîtrisée qui sait variée les points de vue.

C’est d’ailleurs beaucoup de point de vue dont il est question dans ce roman polyphonique. Craig, professeur de lettres américain venu en colloque à Paris, Elena, qui travaille dans la mode entre Milan et la capitale française, et Sébastien, réceptionniste de l’hôtel Paradise dans lequel les deux étrangers résident, vont en effet se passer tour à tour la parole. C’est un jeu de regards qui se met en place dans ce roman. Chacun regarde l’autre. Sébastien tient le statut d’être quasi invisible mais c’est un observateur avisé, tandis que Craig se tournera vers Elena, une femme dont le regard se jette partout, à la fois attentif et inconscient.

C’est cependant vers une autre personne que se tourne tout d’un coup tous les regards. Un homme d’affaire italien, lui aussi client, vient importuner leur va-et-vient. Au bar de l’hôtel, Craig se fait d’abord importuner par lui. « Ma présence était une aubaine pour cet homme en mal de confidences. » Il se présente comme un homme d’affaires italien et commence à lui raconter ses déboires d’homme menant une double vie, sinon une triple. « Assise à une table voisine, une jeune femme écoutait notre conversation, horrifiée. » Craig commence à entretenir une conversation visuelle avec elle, avant de la poursuivre en vrai le lendemain. Craig et Elena se rencontrent sur le bruit de fond de ces aveux indiscrets. L’homme les poursuivra en étant retrouvé mort, de trois causes différentes : « égorgé », « frappée à la tête » et « étouffé ».

En dehors de l’hôtel, chacun vit sa propre vie. La capitale française est bien assez grande pour que nos personnages ne se croisent pas. Mais le soir se joue un jeu de chassé-croisé, les clients passant devant le réceptionniste pour se rejoindre au bar de l’hôtel. Les regards se croisent, se reconnaissent, se saluent, mais surtout s’observent les uns et les autres, s’analysent. Aucun des personnages n’existe seulement dans son introspection : il est certes celui qui voit, mais aussi celui qui est vu. La manière dont il se voit se confronte à la manière dont il est perçu. Chacun cache des choses au fond de soi et en révèle d’autres sans même s’en rendre compte. La part secrète des uns et des autres, que le lecteur est seul amené à connaître, joue bien sûr un grand rôle dans le récit.

Les hommes s’entre-aperçoivent ainsi dans les hôtels, essayent de se percer à jour à travers des cris de jouissance, une attitude au bar ou encore la manière d’être au petit-déjeuner. Christophe Carlier rend à la perfection ce jeu d’apparence et de mise à nue imaginaire qui se joue dans les hôtels. Les clients, comme les employés, revêtent des masques qui ne cachent finalement pas grand chose.

C’est un récit surprenant dans lequel l’imagination est le sujet même. La pomme verte, matérialisation des masques qui nous cachent chaque jour de notre vie, se révèle autre que ce que nous pensions, de même que l’assassin, le meurtre, la rencontre de deux êtres, et surtout le passage dans un grand hôtel. L’assassin à la pomme verte est avant tout un très bel aperçu du talent de romancier de Christophe Carlier, et un premier roman saisissant.

L’assassin à la pomme verte

de Christophe Carlier

ed Serge Safran

23/08/12

4/7

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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7 commentaires pour L’assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier

  1. emeraude dit :

    Je suis bien d’accord avec toi ! J’ai adoré ce petit roman, une petite perle d’imagination, un peu farfelue, à l’écriture vraiment sublime ! Cet éditeur est doué pour nous concocter des jolies surprises !

    • constance93 dit :

      oui, je découvre seulement cet éditeur (je n’ai guère lu qu’un seul autre roman publié là-bas : les Impurs de Caroline Boidé), mais je suis déjà convaincue🙂
      c’est vrai que c’est un peu farfelu, mais pas trop non plus, de même que l’écriture est belle mais pas élitiste. il y a une (belle) affaire d’équilibre dans ce roman, je trouve.

  2. mimiipinson dit :

    Billet ajouté

  3. Ping : Délivrer Des Livres » Challenge 1% Rentrée Littéraire 2012 – Les participants et les titres

  4. anne7500 dit :

    Il est original, ce roman, il m’a rappelé un tout petit peu les Liaisons dangereuses de Laclos, avec ses séductions, ses manipulations… J’ai toujours Les Impurs, honte à moi, je n’ai pas encore pris le temps de le lire !

  5. Ping : L’assassin à la pomme verte «

  6. dasola dit :

    Bonsoir, j’ai lu de bonnes critiques sur ce roman que je compte bien lire un de ces jours (je tourne autour depuis un moment). Bonne soirée.

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