Fukushima, récit d’un désastre, de Michaël Ferrier

A l’épicentre du séisme

Michaël Ferrier est un Français émigré au Japon. Un an après avoir vécu le tremblement de terre à Tokyo puis ses conséquences dans tout le Japon, il raconte à travers un récit intime les faits tels qu’il les a vécu.

On s’attend à l’émotion et aux sensations fortes, et les unes et les autres sont effectivement au rendez-vous. C’est avec beaucoup d’empathie que Michaël Ferrier nous raconte l’incertitude des secousses, la dévastation de toute une région, le choc national et la population traumatisée. Habitant ce pays, en couple avec une Japonaise, c’est à la fois un regard intérieur et extérieur qu’il porte sur la situation. Il est assez proche pour observer et ressentir le choc sismique et ses conséquences, mais en même temps assez éloigné pour analyser le comportement de toute une population et le sien. Il est celui qui subit le tremblement de terre, celui qui le fuit et celui qui cherche à reconstruire. Il est un habitant de l’île dévastée parmi des millions d’autres.

Clairement, l’auteur cherche à mettre des mots sur l’indicible. Il écrit au présent, un choix narratif qui s’imposait dans la situation tant le temps semble s’arrêter au moment où le tremblement arrive. Le séisme est d’une intensité telle qu’il résonne encore aujourd’hui dans l’esprit de l’auteur, dans celui du lecteur, dans l’esprit de n’importe qui, ou plutôt dans celui du monde entier, sans compter dans la mémoire de la planète qui gardera éternellement des traces de ses ravages. Les émotions sont là, sous un trait de plume paniqué, une information donnée dans l’urgence, au plus direct, une phrase un peu grandiloquente ou un passage éloquent. La recherche littéraire est forte, comme pour s’opposer aux facilités du style journalistique (qui a eu la part belle pour évoquer cet évènement jusqu’à présent), mais au point parfois que nous avons l’impression que c’en est trop : Michaël Ferrier dit de manière presque trop littéraire (trop emphatique, trop recherchée, trop complexe, trop fluide, trop fleurie…) quelque chose qui ne se dit pas mais se vit. Il arrive quand même à nous transporter quelques mois en arrière à l’autre bout du monde, mais il y a parfois cette barrière de la langue écrite qui sonne quasiment faux face à l’ampleur du séisme.

Parfois, comme pour essayer de dire autrement, l’auteur va changer de mode d’écriture : il va passer à une écriture journalistique, voire adopter un style scientifique pour expliquer exactement le séisme ou l’explosion de la centrale de Fukushima. « On peut décrire un tsunami de plusieurs manières. Il y a une manière sèche et scientifique, qui essaie de rendre compte du phénomène ne lui donnant une apparence rationnelle : au moment du séisme, la plaque du Pacifique a plongé sous celle du Japon, entraînant un déplacement horizontal de plus de vingt mètres. Simultanément… » (p104). Surtout, il use des notations pour rendre compte d’une manière brute du rythme des répliques du séisme, des destructions multiples, du nombre de morts (chiffrage, statistiques…), de la radioactivité présente, etc. C’est efficace, mais aussi lassant.

L’écrivain étaye son propos de milles références littéraires, historiques et philosophiques qui traitent elles aussi des catastrophes que l’homme et la planète ont subi depuis le début de leur existence. Il n’hésite pas à citer abondamment, un vrai plaisir de découverte se met en place, et surtout un jeu de répliques s’instaure entre les textes. Son propos n’en est que plus éclairé : chaque séisme est unique, mais tous constituent un traumatisme dont la littérature rend compte. Michaël Ferrier s’inscrit dans cette lignée. Pour tous les écrivains qui en ont parlé, les tremblements de terre sont des objets littéraires hors-de-contrôle. Pour eux, témoigner est à la fois une difficulté et une nécessité. Il faut raconter, car le journalisme ne rend pas compte de la réalité du séisme sur les hommes, de la tragédie en cours et du courage humain à s’en relever. Mickaël Ferrier est dans une démarche humaine et littéraire, qui certes peut parfois sonner faux, mais qui reste profondément juste.

Fukushima, récit d’un désastre

de Michaël Ferrier

ed Gallimard

8 mars 2012

2013

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
Cet article a été publié dans 3 partagés. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Fukushima, récit d’un désastre, de Michaël Ferrier

  1. Géraldine dit :

    Ce livre doit être passionnant et très enrichissant, mais j’avoue ne pas avoir vraiment envie de replonger dans le sujet pour l’instant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s