La Tête à Toto, de Sandra Kollender

L’humour comme remède à la malchance et aux préjugés

On imagine que c’est dur de vivre avec un enfant handicapé. Le raconter doit être une chose encore plus difficile, et c’est pourtant ce que Sandra Kollender fait dans son premier roman « auto-fictif » : La Tête à Toto. A gros bras d’humour noir, l’écrivain raconte son parcours du combattant qu’a été une bonne partie de sa vie. D’emblée, elle se présente comme telle : « Mon karma est un des plus moisis que j’aie croisé récemment. Une rareté. » La poisse la suit partout, entre la mort foudroyante de son amoureux, ce gamin handicapé qui lui tombe dessus avec une maladie neurologique rare (le syndrome de West), des histoires d’amour qui finissent toujours par capoter et une douleur au sein gauche forcément de mauvaise augure.

La jeune maman est confrontée à une ribambelle de galères : incompétence des médecins, examens à répétition, anomalies qui s’accumulent, absence d’empathie des professionnels, démarches administratives, recherches pour tenter d’aider au mieux son fils dans sa maladie, lutte pour inscrire son fils à l’école, regards compatissants blessants des autres mères, sans compter toutes les conséquences sur son quotidien, sa vie sociale, sentimentale, professionnelle, etc.

Alors Anna préfère en rire plutôt que de se plaindre et de gémir sur son sort. Caustique à souhait, son récit cherche à montrer que la poisse la suit vraiment partout dans sa vie. Pourtant, ce qu’on en retient, c’est son énergie infinie à lutter contre cette malchance, à ne pas s’y arrêter en pleurant, à ne pas abandonner. C’est au courage d’une mère qu’on assiste sur une centaine de pages. L’auteur a la modestie de ne pas le mettre en avant, ce qui révèle d’autant plus l’amour infini qu’elle porte à son fils. Alors oui elle se moque parfois de son handicap, l’appelle « le Pacman en poussette », mais elle se bat chaque jour pour l’aider à vaincre sa maladie. Elle voyage dans les meilleurs hôpitaux du monde spécialistes du syndrome de West et passe des heures à essayer de trouver pour son fils des moyens de grandir, d’aller à l’école, de se faire des amis, de s’amuser et d’aimer la vie.

L’humour n’est qu’une manière d’aborder cela sans tomber dans le pathétique. Aucune pitié, l’auteur est cruelle avec tout et tout le monde : les mères aux regards compatissants mais qui ne laisseront jamais leurs enfants joués avec le garçon qui est différent, les médecins qui manquent cruellement d’empathie, les professionnels du handicap complètement incompétents, le système éducatif qui n’est absolument pas adapté aux enfants handicapés, le retard et la méconnaissance des médecins et des professionnels français, les préjugés et le non-dit général de la société. Elle-même n’échappe pas à son ton mordant. Elle sait se décrire comme la mère indigne, frivole ou méchante.

La Tête à Toto, c’est donc un récit court et incisif qui fait réfléchir avec humour sur le handicap et surtout sur la manière dont il est accepté et géré dans la société actuelle. Les carences de la médecine ne sont rien face aux préjugés qui courent les rues, les parcs de jeux et les cours d’école. L’humour et la plume légère de Sandra Kollender sont sans aucun doute des armes efficaces pour les détruire les uns après les autres. Plus qu’un récit bien écrit et émouvant, ce premier texte est avant tout une manière de faire changer les mentalités, avec humour et légèreté.

La Tête à Toto

de Sandra Kollender

ed Steinkis (collection Sans Filtre)

1er février 2012

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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5 commentaires pour La Tête à Toto, de Sandra Kollender

  1. Gambadou dit :

    Dans le même ordre d’esprit il y a le livre de Jean Louis Fournier « ou on va papa? »

  2. Gwenaëlle dit :

    Tu en parles bien et tu me donnes envie de découvrir cet ouvrage. C’est fort de parvenir à traiter un tel sujet avec humour.

  3. Theoma dit :

    c’est drôle… je viens de l’acheter !

  4. sandra dit :

    Je découvre à l’instant votre billet. Merci mille fois de m’avoir lue et surtout de m’avoir si bien comprise. Vos mots me touchent. Amicalement. Sandra

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