Blanche-Neige doit mourir, de Nele Neuhaus

Roman noir pour nuit blanche

Que pensez-vous du roman policier allemand ? Avouez, pour la plupart, vous n’y connaissez rien. Moi non plus. J’ai cependant découvert une de ses auteurs, Nele Neuhaus, avec son titre récemment traduit dans la fameuse collection « Actes noirs » chez Actes Sud (ces livres noirs avec un cadre rouge qui entoure la couverture) : Blanche-Neige doit mourir.

Ce récit qui commence comme un épisode de Cold Case avec des airs de Bones (la découverte d’un cadavre dans une citerne d’un aéroport désaffecté, sûrement là depuis des années) est en fait bien plus complexe. D’autres affaires viennent perturber nos enquêteurs Pia Kirchloff et Oliver von Bodestein, et notamment une femme renversée d’un pont. Les deux enquêtes les conduisent au village d’Altenhein, ce jour-là en émoi à cause du retour du jeune homme accusé du meurtre de deux jeunes filles onze ans plus tôt. Tobias Sartorius, qui a purgé sa peine sans jamais se souvenir de ce qu’il s’est passé ce soir-là, s’est installé dans la demeure délabrée de son père pour découvrir que c’est sa mère, dont il venait tout juste d’apprendre le divorce d’avec son père, qui s’est fait jetée d’un pont. Elle est dans le coma à l’hôpital.

Les menaces pèsent sur cet homme qui a laissé sa jeunesse aux portes de sa prison. Son père est un paria dans le village qui l’a vu naître, lui et avant lui son père et son grand-père. Établie dans le village depuis des générations, la famille en était même le coeur puisqu’elle tenait la seule auberge du lieu, Le Coq d’Or. Après l’inculpation de son fils, le père a dû fermer sa fierté, endetté par les frais du procès et surtout devenu le paria du village, le père du meurtrier de deux jeunes villageoises auxquelles l’avenir souriait.

Ce n’est pas le seule personnage émouvant de cette histoire. Tobias Sartorius, accusé de deux meurtres dont il ne se souvient pas, sans doute à cause de l’alcool ingurgité ce soir de kermesse, est en prise avec lui-même, toujours incapable de déterminer s’il a oui ou non assassinés les deux jeunes filles, l’une qui était amoureuse de lui et l’autre dont il était fou amoureux. C’est l’une d’elle qui a été retrouvé dans la cuve, l’examen du légiste l’a confirmé. Écrasé sous le poids de la culpabilité, il cherche encore en lui la vérité. Persuadé de ne pas être coupable malgré sa condamnation, il doute profondément. Face à lui, on constate à quel point justice et préjugés peuvent être destructeurs et, coupable ou pas, nous partageons sa douleur d’être jugé par les gens qui l’ont vu grandir.

Nadja, sa seule amie qui lui est restée fidèle pendant dix ans de prison et l’accueille dans sa vie d’actrice reconnue, lui avouant son amour après quinze ans de secret. Son inquiétude pour la personne qu’elle aime, son désir de le protéger… La sensibilité de cette femme prend au cœur.

Amelie, une jeune fille récemment arrivé au village, se passionne pour cette affaire qui met le village en émoi. Elle s’attache à Tobias, le prévenant des dangers qui le menacent avec l’ensemble du village. Elle entend toutes les rumeurs au Cheval Noir, la nouvelle auberge du village, très populaire.

Thies Terlinden, le fils autiste de l’homme le plus riche du village, qui s’attache beaucoup à Amelie comme il s’était attaché auparavant à l’une des deux victimes, et pour cause : les deux se ressemblent énormément. Avec un style différent, Amelie pourrait elle aussi porter le surnom de « Blanche-Neige ». C’est comme ça qu’il l’appelle parfois. Cet enfant atteint d’une maladie mal connue est bourré de médicaments puissants par ses parents qui, tout en s’occupant de lui, ne le comprennent pas.

Il y a ceux aussi qu’on déteste, ceux que l’on prend en pitié, comme les parents des victimes, ceux qui nous débecte par leur lâcheté, etc. Dans ce récit, on a affaire à une galerie de personnages avant tout humains. On en oublierait leur statut d’êtres inventés, tout comme les enquêteurs dépassent largement leur rôle. Chaque être qui apparaît dans ce roman paraît vrai, peut-être parce que l’auteur n’hésite pas à mêler leurs liens avec les affaires en cours à la vie affective, parfois intérieure, des uns et des autres. On connaît les déboires de la vie de nos deux inspecteurs qui, sans tout se confier, partagent une certaine complicité toute de retenue, de même que le harcèlement que subit Tobias, les problèmes de couple des uns et des autres, les fantasmes d’une adolescente en mal d’aventures citadines qui va pourtant vivre la pire expérience de sa vie au cours de ce récit…

Nele Nauhaus possède aussi également le talent de faire monter le suspense. Si le début ne fait qu’attiser notre curiosité, nous sommes peu à peu pris dans la toile de ses mots et surtout celles des non-dits. Une loi du silence semble régir le village tout entier, ce qui ne facilite pas la tâche des enquêteurs chargé de découvrir la vérité sur les meurtres qui se sont déroulés onze ans plus tôt et l’agression de la mère de Tobias. Les menaces émanant de tout le village qui pèsent sur celui-ci sont elles aussi une source de tension, de même que sa recherche de la vérité qui devient de plus en plus pressante. Tout s’emballe lorsque l’histoire se répète et qu’à nouveau tout accuse Tobias, puis Nadja, la femme qui cherche à le protéger. Amelie a disparu du village dans des circonstances troublantes après avoir informé Tobias qu’elle avait découvert quelque chose avec Thies qui révélait ce qu’il s’était passé onze ans plus tôt : une série de tableaux hyper-réalistes signé de l’autiste et racontant avec précision la scène vue en secret par celui qui ne savait pas s’exprimer. Mais ceux-là disparaissent avec la jeune fille qui devient l’urgence des enquêteurs de la K11 lancé à sa recherche et surtout à celle de son ravisseur dont l’identité leur échappe sans cesse.

Très bon roman noir, on se retrouve dans un récit où l’innocence elle-même devient suspecte et dans lequel aucun être n’est blanc ou noir. Ce sont des hommes confrontés à leur passé ou à leur présent qui se retrouvent englués dans de sombres affaires, qu’elles soient personnelles ou criminelles, voire les deux. Lorsque la vérité se fait jour, personne ne ressort indemne, et surtout pas le lecteur éprouvé par les évènements et les dangers auxquels l’enquête l’a confronté, et surtout par la sordidité des hommes.

Blanche-Neige doit mourir

de Nele Neuhaus

trad. de Jaqueline Chambon

ed Actes Sus (Actes noirs)

6 octobre 2012

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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2 commentaires pour Blanche-Neige doit mourir, de Nele Neuhaus

  1. valmleslivres dit :

    Vous êtes très partagés sur ce titre.

  2. BMR dit :

    Je viens de lire Flétrissure de la même auteure. Une intrigue qui semble un peu ressembler à celle que tu décris (la mémoire et les silences des uns et des autres). Mais sans être vraiment convaincu. Je note celui-ci pour une prochaine tentative.

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