Le Monde à l’endroit, de Ron Rash

L’Amérique d’en-bas

Le Monde à l’endroit est un roman américain qui nous embarque très loin des Etats-Unis que nous connaissons pour nous amener dans les années 70 dans un monde rural confiné au pied des Appalaches et dans lequel l’ennui et le désespoir semblent présider, les remèdes de l’alcool et de la drogue n’étant jamais loin. Travis Shelton n’est qu’un de ces gosses qui a arrêté l’école a seize ans pour traîner en ville avec ses amis à boire des bières ou aller à la pêche quand il voulait. Un gamin qui, quand il découvre un champ de cannabis chez les Toomey, n’y voit qu’une bonne aubaine de se faire un peu d’argent. Il récolte quelques plans et les vend à Léonard, prof déchu devenu dealer du coin. Trois fois de suite. La troisième fois, il est surpris par le propriétaire qui lui sectionne le tendon d’Achille, histoire qu’il retienne la leçon.

Travis est décidé à se calmer. Il rencontre une jeune femme qu’il aime et vit simplement dans la ferme de son père qu’il aide dans sa production de tabac. En conflit ouvert avec lui, il quitte pourtant la maison familiale et va se réfugier chez Léonard. Là-bas, ils vivent une étrange vie à trois avec Dena, une droguée elle aussi installée chez Léonard. Deal, drogues, mais aussi discussions, apprentissage de l’autre, culture, enrichissement, renaissance. Travis s’est inscrit pour passer son diplôme et le travaille avec l’aide de Léonard. Le jeune homme veut faire mieux que son père le pense capable. Doué d’un esprit certain, il progresse et partage avec Léonard son intérêt pour l’histoire qui s’est déroulé dans ce lieu, un massacre de la guerre de Sécession. Il s’ouvre à l’histoire, la littérature, et même les mathématiques.

Tout n’est jamais blanc. Le deal commence à être de plus en plus réprimé et de plus en plus dangereux, tandis que Dena supporte de moins en moins d’être privée de ses comprimés, sa drogue. Prête à tout pour en obtenir, elle ira jusqu’à quitter l’étrange trio qu’ils formaient, brisant un équilibre déjà incertain… Ce récit prend le chemin de l’exploration des tréfonds de l’être humain pour en extraire tout ce qu’un milieu peut influencer sur lui et la manière difficile de s’en détacher, de même qu’avec les regrets et les remords. C’est un texte très sombre avec quelques éclats de lumière, des moments grandioses qui lient les êtres dans l’amitié et le respect. Mais là aussi la noirceur n’est jamais loin, et elle débarque sous les airs d’un réel terriblement pessimiste ou d’un romanesque encore pire. Le monde à l’endroit est ainsi un roman d’initiation dans lequel l’éducation se fait à la sauvage et où Travis doit lutter pour se faire lui-même et résister à toutes les pressions qui le tirent vers le bas, vers son origine, vers l’identité qu’on lui a donné. Sans moralisme, le roman se fait instructif et en tire son efficacité et sa beauté. Car si la leçon d’humanité est belle, tout le reste est noir.

Le Monde à l’endroit

de Ron Rash

trad. d’Isabelle Reinharez

ed du Seuil

 

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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9 commentaires pour Le Monde à l’endroit, de Ron Rash

  1. gambadou dit :

    Bien, bien mais très sombre …. On sent dans ton commentaire tout le poids de cette société

  2. Elias Z. Little dit :

    Les Éditions du Seuil ont positionné ce livre en littérature générale (ou blanche) à raison, ce roman n’est pas vraiment un polar, peut être pourrait-on lui coller l’étiquette roman noir ? Bien qu’on s’en foute un peu des étiquettes, c’est juste pour donner une idée. C’est le parcours initiatique d’un garçon et son passage à l’âge adulte. L’intrigue elle-même n’est pas d’une grande originalité : un jeune homme, un peu crâneur, penche vers la délinquance, il est sauvé par l’éducation et l’influence d’un professeur. On a déjà vu ou lu cela moult fois. Mais ce qui fait l’originalité de ce roman c’est le ton à la fois lyrique et mélancolique. Et aussi la façon dont Ron Rash sait parler de la nature et rendre sa beauté et sa rudesse. Il arrive à créer une ambiance assez particulière qui rappelle un peu son premier livre Un pied au paradis. Les vrais amateurs de polars pourront trouver que le livre souffre d’un déficit d’action. Je dois avouer que ce troisième roman ne provoque pas, chez moi, autant d’enthousiasme que les deux précédents (chronologiquement Le Monde à l’endroit est le deuxième livre de Ron Rash, avant Serena et après Un pied au paradis, mais en troisième position pour sa traduction en français). Le style, la qualité d’écriture, le lyrisme, tout y est, mais je crois que le choix du sujet : le passage à l’état d’adulte d’un garçon à la recherche de sa personnalité et de son identité, ne m’a pas autant accroché que le drame paysan de Un pied au paradis ou les personnages de Serena . Une petite déception pour moi, bien que ce roman reste d’une bonne facture et soit tout à fait recommandable.

  3. noecafouille dit :

    J’ai lu ce livre il y a peu de temps et j’ai vraiment beaucoup aimé (pourtant je suis assez difficile). Je me suis laissée porter par le rythme et la plume de l’auteur. Je ne sais pas toi, mais j’ai quand même ressenti un certain optimisme à la fin, ça m’a mis du baume au cœur après toute cette noirceur ^^

  4. clara dit :

    j’ai beaucoup aimé !!!

  5. BMR dit :

    Beaucoup aimé « Un pied au paradis » qui semblait être son premier roman. Un roman écrit à cinq voix sur la mémoire. Classé dans les polars.
    Bien tenté par ce nouvel épisode …

    • constance dit :

      c’est peut-être effectivement son premier roman, les polars sont souvent comptés à part dans la production littéraire d’un auteur, ce qui pour moi n’est pas logique, mais ce sont les éditeurs qui ont le pouvoir…:/
      je note donc ce premier roman qui devrait me plaire🙂
      j’espère que Le Monde à l’endroit vous plaira si vous avez l’occasion de le lire.

  6. Loo dit :

    J’avais hésité à me le procurer. Au vu de ton article si je le lis, je choisirai le bon moment.

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