Je suis sa fille, de Benoît Minville

Un road-trip mortel !

Lorsque Joan apprend que son père est dans un état critique à l’hôpital suite à un geste désespéré pour combler ses dettes, le braquage d’une banque vite arrêté violemment par la police qui pensait le braqueur improvisé armé, c’est d’abord la peur de le perdre qui prend le dessus, mais très la rage surgit et vient tout recouvrir. Avant, son père travaillait dans une grosse entreprise de finances, mais le stress du travail et la dépression l’ont éjecté de son poste. La banque, c’était un acte désespéré, et maintenant les conséquences de celui-ci menacent Joan de sombrer dans le désespoir. Sa survie tiendra par la haine qu’elle cherchera à diriger contre « le grand patron » de son père, véritable personnification du Grand Capital, pour elle responsable de la situation.

Hugo l’accompagne et la supporte dans sa quête de justice et sa lutte contre l’insensée réalité d’un père au bord de la mort. Ensemble, ils partent pour un road-trip ébouriffant de Paris à Nice. Ce n’est pas du direct par l’autoroute, et d’étapes en étapes Joan est censé prendre le dessus et trouver le courage de s’accomplir. Mais d’aléas en rencontres et de rencontres en aléas, si la vie reprenait le dessus ?

Je suis sa fille traite ainsi avant de l’amour filial d’une fille pour son père. Il donne à voir un lien fort et unique qui, lorsqu’il est menacé de destruction par le destin, plonge la jeune fille dans une panique, un désespoir et une rage folle. C’est aussi la crise économique, le sentiment pour la jeunesse d’être la mauvaise génération, celle qui voit ses parents vivre de moins en moins bien et se dit qu’elle vivra encore moins bien qu’eux, celle qui voudrait lutter contre ça mais à qui on a appris que rien ne pouvait être fait et que l’action violente est impensable. Je suis sa fille est une reprise de pouvoir sur le capitalisme et un hymne à l’opposition mais amène à poser la question, tant chez le personnage que chez le lecteur, des moyens de lutte et des personnes contre qui diriger sa haine d’un système tout puissant et sans visage, le capitalisme. Paradoxe du roman : celui-ci est partout, dans la voiture de luxe « emprunté » au grand-frère d’Hugo, dans la carte bleue à son nom utilisée fréquemment, dans la ville à atteindre elle-même, Nice se présentant comme le lieu de villégiature des riches…

Toujours dans sa veine didactique qui me paraissait moins vivace auparavant (impression de la lectrice ou évolution de la ligne éditoriale ?), la collection Exprim’ de chez Sarbacane vient nous offrir un nouveau roman qui réussit à être à la fois rafraîchissant et pesant, léger et terriblement sérieux, récit d’un échec et pourtant réussite romanesque. Si le roman de Benoît Minville se fait parfois un brin fantaisiste (heureux hasards, fil logique d’un road-trip, rencontres et retrouvailles pour le moins inopinées et renversantes, rebondissements à gogo, épreuves à surmonter comme la douceur de la vie ou le goût de la liberté qui se dressent sur le chemin de la vengeance de Joan…), il sonne surtout très vrai, comme un écho à la détresse de la nouvelle génération qui se voit enchaîné à un monde capitaliste qui a toute la maîtrise sur lui et ne vient lui apporter que des miettes des ressources mondiales, quand il veut bien.

Si je ne suis pas d’accord avec tout l’appareil didactique du roman, que je trouve un brin trop poussé vers la non-violence et pas très optimiste, il reste que Je suis sa fille offre une galerie de personnages déchaînés et un voyage détonant qui alternent les lieux les plus perdus de France et les lieux emblématiques (tel Paris ou Nice, les points de départ et d’arrivée) pour des rencontres et des évènements presque « clichés » mais tous aussi surprenants dans le contexte d’un parcours pour assassiner quelqu’un. Un roman à conseiller à ceux qui seraient intrigués par ce synopsis, cet effet de décalage entre les évènements et l’objectif final, les paradoxes des personnages principaux et toutes les histoires annexes qui peu à peu deviennent le cœur du roman…

Je suis sa fille

de Benoît Minville

ed Sarbacane, coll. Exprim’

4 septembre 2013

PS : wordpress ne veut plus me laisser insérer des images, désolée pour le manque…

A propos constance

Constance est une étudiante bretonne de 20 ans. Elle tient ce blog depuis 3 ans et se dit passionnée de littérature en tous genres même si elle lit plutôt des romans. petiteslecturesentreamis@hotmail.fr
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3 commentaires pour Je suis sa fille, de Benoît Minville

  1. Anne dit :

    Je n’y ai pas vraiment cru, à c roman, je crois que je suis trop vieille pour apprécier (ou trop blasée, après tout, oui, peut-être) Avec le recul, je me rends compte que j’aime bien les personnages secondaires, le frère d’Hugo et son copain.

    • constance dit :

      je ne le suis que très moyennement également, c’est vrai que les personnages principaux (Joan, Hugo, Blanche) sont presque trop construits, à l’inverse du duo des personnages secondaires beaucoup plus burlesques.

  2. tibo dit :

    Bonjour Constance, C’est vraiment bien vu, bien lu… merci et bravo. Pour la veine didactique de la collec (je dirais plutôt veine engagée, quand même !!!), ce n’est pas tout à fait faux, il faudrait que je vous en parle à l’occasion, mais en effet les lignes bougent peu à peu, c’est la vie des maisons et des idées (et ça va dans le bon sens, je pense !) À mon avis, vous n’oubliez qu’un seul élément dans votre critique (cependant vraiment très juste et fine) de Je suis sa fille, mais non le moindre : cet art de conteur dont fait preuve Benoît – rythme de narration, sens de la scène et du dialogue – et surtout l’incroyable puissance d’émotion du livre… qu’en dites-vous ? Sans même parler de la fin, le roman compte plusieurs « pics d’émotion » très forts, je trouve… À vous lire, avec plaisir toujours, Tibo

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